Les Contes du Colvert

12 novembre 2018

LE PRISONNIER OUBLIE.

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°32NS

LE PRISONNIER OUBLIE.

 

Le nouveau roi avait été couronné quelques jours auparavant mais aujourd'hui encore le peuple en liesse continuait à festoyer. On ne trouvait  une place dans les nombreuses auberges de la ville que lorsqu'un client saoul était mis à la porte prié, à grands coups de bottes au cul, d'aller cuver son vin ailleurs. Ailleurs, c'était la plupart du temps l'encoignure du porche le plus proche.

Cela avait été une fête grandiose que l'accession au trône du nouveau monarque déjà connu à travers le pays pour ses idées de liberté et de progrès. Comme il l'avait promis, tous les prisonniers de l'immense prison centrale avaient été libérés. Tous ou presque, car ceux coupables d'un crime de sang furent discrètement passés par les armes dans leurs cellules. Et les voleurs ? Eh bien ils se promenaient en liberté et formaient le gros de la clientèle des "maisons à boire". On détroussait plus aisément un bourgeois en goguette après quelques pichets d'un bon vin de Loire que lorsqu'il était à jeun et sur ses gardes.

Le prévôt, dirigeant la grande prison, fit cependant appel à la plupart de ses gardiens pour nettoyer de fond en comble les centaines de cellules y compris celles des différents sous-sols qui s'enfonçaient profondément sous terre. Elles resserviront bien un jour! Plus aucune goutte de sang ne devait rester visible, ni sur les murs, ni au sol. Et c'est là, dans une salle de torture désaffectée, bien éloignée de la lumière du jour, qu'ils découvrirent un garçon sauvage, très maigre et très sale. Il n'avait pour seul habit qu'une vieille veste militaire, tellement crasseuse qu'aucun chien n'en aurait voulu pour couche. Les manches de ses loques avaient servi longtemps de mouchoir, la morve lui pendait quand même au nez et ses cheveux grouillaient de toutes sortes de vermines. Les matons s'en amusèrent bien, le bousculèrent un peu  puis confièrent ce jeune homme à la lavandière la plus proche afin qu'elle le décape de la tête aux pieds et lui rende figure humaine au lavoir  sous les quolibets  des autres matrones. Lui, ébloui par la lumière du jour et l'ouïe dérangée par les rires gras des gens, ne pensait qu'à une seule chose,  retourner dans le noir des sous-sols après avoir chapardé un gros pain à l'étal de la boulangerie. Les gardiens, à coups de croche-pieds,  le faisant tomber régulièrement et riant de ses chutes, le poursuivirent jusque dans les escaliers de la prison qui s'enfonçaient dans les entrailles du bâtiment.

C'est le moment que choisit Stonebriq, l'esprit bienveillant de tous les murs du monde et qui fait en sorte que maisons, châteaux et palais tiennent debout,  pour intervenir. Le bon génie des murs s'arracha quelques pierres pour les lancer à ceux qui titillaient le gamin. Ils partirent bien vite, ces lâches, sans comprendre ce qu'il leur arrivait. Ils fermèrent la prison derrière eux déclarant au prévôt qu'elle était bien propre et vide. Ils laissèrent en tête à tête le gamin et le génie. Ce dernier avait pour tâche de protéger les humains en les abritant dans des constructions solides. Pourvu de millions de jambes dures comme l'acier, il en planta régulièrement là où une nouvelle bâtisse allait voir le jour. Ainsi les murs étaient plus solides et les hommes, qui changent souvent d'avis, lorsqu'ils voulaient les démolir pour une raison ou une autre, avaient beaucoup de mal à les abattre. On ne connaissait que deux ennemis à Stonebriq, les tremblements de terre et les bombes.

Pour l'instant la prison tenait bien debout et aucune catastrophe sismique n'était annoncée. Le royaume vivait en paix. Notre gamin, qui dans le noir avait mangé la moitié du gros pain, s'était endormi le ventre gonflé et ronflait gentiment sans déranger personne. Le départ des prisonniers avait laissé place à un silence abyssal, interrompu seulement par le bruit de quelques pierres qui tombaient lorsque notre bon génie changeait de position dans son sommeil.  Par moments Stonebriq était très maladroit. En s'étirant le matin au réveil, il avait fait tomber involontairement les tours de maints châteaux, occasionné des fissures dans de gros murs ou transformé prématurément un beau bâtiment en vieille ruine que les touristes aimaient  visiter. Mais pour l'instant c'était le gamin qui lui posait problème. Le garçon avait à nouveau faim et hurlait son mal-être au monde qui ne l'entendait pas. Stonebriq employa les grands moyens. En tapant les murs d'un rythme  connu uniquement de lui, il alerta à travers les parpaings le monde bienveillant des elfes passe-murailles. Ceux-ci ne se firent pas prier pour venir au secours du jeune garçon et à l'esprit bienveillant des pierres et constructions. Un repas, digne du meilleur traiteur de la ville, arriva dans la cellule sur une belle table nappée et éclairée par deux chandeliers. Ainsi le garçon s'habitua peu à peu à la lumière et s'obligea, sur les conseils du bon génie, à courir dans les couloirs et monter et descendre les nombreux escaliers de la prison pour entretenir sa forme physique.

De jour en jour, grâce aux elfes, son coin malsain des sous-sols se transforma en une belle chambre. Il reçut un bon lit à baldaquin, un mobilier en merisier massif, table et chaises joliment sculptées et aussi un fauteuil confortable disposé juste à côte d'une bibliothèque bien fournie. Un elfe professeur apprit au garçon à lire et d'autres, tout dévoués à sa cause, lui enseignèrent toutes les matières nécessaires à son développement intellectuel. Et malgré son isolement voulu il n'avait plus le temps de s'ennuyer ni de traîner de cellule en cellule comme il le faisait au temps où la prison était pleine d'une racaille pas toujours bienveillante avec lui.  Stonebriq lui aussi était heureux d'avoir ses murs joliment peints et décorés de tableaux  du monde entier.

Le garçon devint bientôt un jeune homme savant et bien mis mais aussi de plus en plus exigeant. La dernière salle des basses-fosses avait été transformée en une belle piscine avec jets d'eau et simulateur de vagues et d'autres anciennes cellules en chambres pour d'éventuels  amis. Mais comment s'en faire?  Il s'ouvrit de ce problème à Stonebriq, qui sous condition de toujours revenir, lui permit de temps en temps de prendre une soirée de liberté en dehors de la prison. Timide au début, il se mélangea rapidement aux jeunes gens de son âge. Il en ramena trois un soir qui ne croyaient pas leurs yeux quant il leur fit traverser le mur à sa suite. L'intérieur de l'ex-prison ne déplut pas non plus aux visiteurs car la table était bonne et le vin gouleyant.  Bientôt, ceux qui voulaient revenir avec lui visiter  ce qu'il appelait son "studio", furent de plus en plus nombreux. Passer à travers un mur pour ensuite dîner comme un prince et faire la fête sans craindre les plaintes des voisins pour un bruit infernal, tous et toutes furent d'accord et, même sans invitation, se pressèrent devant les murailles cherchant le passage secret pour entrer, avec plaisir, dans cette prison dorée. Et le garçon demanda toujours plus, toujours mieux et sembla souvent mécontent des services qu'il recevait du bon génie et ses elfes. Ceux-ci, par contre, et malgré leur bonté naturelle, commencèrent à le trouver peu reconnaissant après tout ce qu'ils avaient fait pour lui.

Et ce qui devait arriver se produisit un jour. Les gendarmes du roi signalèrent une agitation anormale aux abords de la prison pourtant fermée ainsi que des disparitions temporaires inquiétantes de nombreux jeunes citoyens de la ville. Le prévôt mit fin à ce défilé en interdisant la circulation aux calèches comme aux piétons dans les rues menant à la grande place où se trouvait la prison. Puis il s'y rendit escorté d'une douzaine de gardiens. Une fois les lourdes grilles ouvertes on y trouva un interieur rongé par les moisissures et le salpêtre. Les cellules étaient humides et plongées dans le noir. Aucun signe de vie n'était visible, seul le silence accueillit les visiteurs.

"Balivernes que tout cela! Elucubrations de soudards! Me déranger pour rien sera puni la fois prochaine!" conclut le prévôt.  Une fois les cadenas remis à leurs places chacun vaqua à ses occupations habituelles non sans avoir fait un arrêt prolongé à  l'auberge mitoyenne  qui portait le joli nom de "La liberté".

Stonebriq ainsi que les elfes, que tout ce remue-ménage avait fortement dérangés, mécontents du garçon qui s'était servi d'eux d'une façon abusive ne remirent pas les cellules en état et habitables comme avant. Ils se désintéressèrent du prisonnier  et le laissèrent dans son sous-sol noir et froid...

Quand quelques siècles plus tard, le roi fut remplacé par un président, on s'attaqua au grand chantier de démolition de cette énorme prison aux murs difficiles à abattre. On découvrit bien un crâne et quelques ossements humains blanchis par le temps et le manque de lumière. Et l'ouvrier, en les ramassant à la pelle, eut cette réflexion: "Cette tête, ces nonos, c'est surement ceux d'un prisonnier oublié"!

 

ON N'ACQUIERT UN BIEN QU'EN TRAVAILLANT

MAIS SÛREMENT  PAS EN COMMANDANT

SANS SAVOIR LE REALISER AU PARAVENT.

 

 

Le Colvert, Baudienville, novembre 2018.

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05 octobre 2018

L'ALASTYN.

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

 

31NS

 

L'ALASTYN.

 

L'Alastyn, cheval des ondes aux pouvoirs magiques, sortit de la mer, prit pied sur le rivage de la grande île et se transforma en un clin d'œil en un  joli poulain à robe grise. Il s'ébroua vigoureusement afin de débarrasser son corps des gouttes d'eau qui le recouvraient et brouta quelques brindilles d'herbe fraîche. Puis il se mit en route en direction le village le plus proche. En chemin, peu à peu, il se transforma en un beau jeune homme aux cheveux longs, blonds et bouclés. La longueur des cheveux avait son importance pour cacher ses oreilles qui, quelque figure humaine ou animale qu'il prit, restaient toujours grandes et pointues comme il convient à un beau cheval.

Sur cette île, créée il y a des millions d'années par deux géants, les chemins étaient rudes, recouverts de gros cailloux coupants et comportaient aussi de nombreux trous et failles dans lesquels, une fois  un pied mis par inadvertance, il était facile de se casser la cheville ou la jambe. Le jeune homme avançait donc prudemment en espérant que les géants somnolaient à cette heure-ci, car les créateurs de cette île étaient toujours là, condamnés à vie à la tenir à bout de bras afin qu'elle ne disparaisse engloutie par les flots. Un léger tremblement de terre se produisait régulièrement quand un des deux géants avait une crampe ou voulait changer de bras. Les habitants de l'île étaient habitués à ces remue-ménage et disaient en riant "Ah, voilà un de nos deux piliers qui se gratte une puce!"

Quant à notre Alastyn, il errait ainsi depuis quelques siècles à la recherche de l'âme sœur qui le chevaucherait, insensible au temps, à l'eau salée et aux embruns, lors de ses escapades quotidiennes occasionnant ainsi des vagues énormes.  Quant il se reposait, flottant entre deux eaux, la mer était calme. A son réveil la mer devenait mauvaise avec des creux semblables aux abysses de l'océan  y entrainant toute embarcation qui avait la malchance de croiser dans les parages à ce moment précis.

Bientôt il serait arrivé. Au loin brillaient quelques lumières s'échappant des fenêtres aux rideaux ou volets mal clos. Il s'approcha doucement en pensant quelle histoire il pourrait bien inventer pour expliquer sa présence, lui un inconnu, sur cette île où tout le monde se connaissait, se trouvant toujours une bonne raison ou un lien de parenté pour se retrouver cousines ou cousins.

Une maison plus belle et plus grande que les autres, attira le regard de l'Alastyn. Il s'en approcha pour regarder discrètement par les fenêtres. Et ce qu'il vit le stupéfia! Deux jeunes filles aux visages parfaitement semblables, belles, même très belles, habillées de soie et de mousseline, dansaient sur l'air d'une vieille chanson celte. Les gestes étaient gracieux et leurs déhanchements, en rythme avec la musique d'un vieil homme assis sur une sellette en bois avec sa mandoline. Il fredonnait tout bas des chants millénaires où il était question de preux chevaliers partant à la recherche de leur dulcinée en affrontant des dragons à sept têtes, des monstres difformes et laids et tous les dangers que la vie met en travers du chemin de celui qui veut atteindre le graal ou, plus couramment, une compagne pour la vie.

L'Alastyn se mit à rêver. Il se voyait déjà en chevalier intrépide, arrivant hors d'haleine et se jetant aux pieds de sa belle pour y déposer une rose rouge. Mais là, il lui fallait deux fleurs, son coeur s'étant épris, à ardeur égale, pour ces deux charmantes jeunes filles. Tremblant d'excitation, son esprit chauffé à blanc, il ramassa deux touffes de fleurs jaunes dans le jardin et s'élança vers la porte de la maison. A l'arrivée bruyante du beau jeune homme dans la pièce, les deux demoiselles poussèrent d'abord un "Aaah" de frayeur puis un "Ooooh" admiratif en dévisageant mieux l'intrus. Le vieil homme lui, avait laissé sa mandoline pour un grand bâton avec l'intention de chasser ce visiteur inattendu.

En un clin d'œil l'Alastyn pétrifia l'homme en une remarquable statuette sur une des étagères du buffet, effaçant par la même occasion son souvenir dans les mémoires des demoiselles.  Il raconta ensuite aux jeunes filles qu'il était naufragé et que son bateau avait coulé à pic ne laissant aucune trace sur le rivage. Il s'en était sorti. Comment? Cela tenait du miracle! Elles lui servirent aussitôt un vin chaud pour le réchauffer avec une grande assiette de soupe fumante. Le lard gras fondait sous la langue. Peu à peu la confiance s'installa entre eux trois et le beau jeune homme expliqua qu'il était très riche, qu'il naviguait autour de la terre pour son plaisir, et que cependant il n'était pas totalement satisfait parce qu'il lui manquait une compagne pour partager ses aventures. Les deux filles se regardèrent et d'un commun accord lui expliquèrent qu'étant jumelles, jamais elles ne se sépareraient, et que comme lui, elles étaient toutes les deux tombées sous son charme.

"Allons faire un promenade sur la plage" proposa l'Alastyn. "Peut-être en marchant  et avec l'aide de la brise marine, l'une de vous deux cédera sa place à sa sœur."

"Jamais" répondirent elles simultanément.

"Bien, alors venez! Quand vous aurez vu ce que je suis réellement, l'une aura peur et celle dont l'amour est le plus fort pour moi, me suivra malgré tout."

En arrivant au bord de la mer, le beau jeune homme se transforma en un élégant pur-sang gris et dit aux deux filles, très surprises et effrayées par ce changement subit : "Alors! Toujours prêtes à me suivre?" Et les dévisageant, toutes les deux, à tour de rôle,  avec ses yeux doux d'étalon amoureux il leur fit signe de monter sur son dos.

Ce n'est pas une mais les deux qui se précipitèrent, s'installèrent  en amazone,  tenant fermement  la crinière. L'Alastyn poussa un grand hennissement et se lança au galop vers la mer, son royaume. Il  disparut bientôt sous les flots non sans avoir transmis à ses deux cavalières l'immunité nécessaire à un humain pour vivre sous l'eau sans se noyer.

Et ce fut une chevauchée fantastique jusqu'aux plus grandes profondeurs où se trouvait son château. Un palais construit en roches d'argent du sol jusqu'à la plus haute tour. L'ambiance était marine faite de millions de coquillages irisés et dont à chaque petit remous de l'eau, les couleurs changeaient, baignant toutes les pièces dans un halo aux aspects arc-en-ciel. Les deux demoiselles ne savaient où jeter leurs regards tant ce décor était féerique. Et les cris de surprise ne manquèrent pas non plus. Leur chambre était meublée de deux lits à eau tiède qui  prirent, aussitôt allongées, la forme de leur corps. Une vague immobile recevait leur cou et leur tête. Polochon en dentelles de mer. Un peu de repos serait le bienvenu après tous ces évènements d'une journée très riche en péripéties.

Plus tard, l'Alastyn, grand prince des chevaux ondins, avait repris figure humaine et leur fit visiter son palais. Dans la grande salle à manger un festin était prévu: Posidonies* hachées dans des coquilles Saint-Jacques, corail pilé finement en semoule, tomates de mer en vinaigrette, Thalassias* marinées au sel de mer en salade et Zosteras* arrosées d'un jus d'eau douce, voilà ce qu' indiquait le menu. Les cure-dents étaient fournis par les oursins. Tous les trois dégustèrent dans des coupes d'écume figée plusieurs grands crus d'eau de mer dont la qualité dépendait de la profondeur à laquelle elle avait été puisée. Comme petite promenade digestive, le prince amena les jeunes filles découvrir la grotte sous le château aux stalactites de cristal le plus pur. Quel émerveillement que de se trouver au centre d'une géode au décor blanc comme neige immaculée dont les reflets se reproduisaient par milliers à l'infini. C'est ce qui donne aux vagues, à l'eau des océans, ces scintillements que l'on peut apercevoir jusqu'à  leur surface, étincelles venues d'un autre monde.

Puis ils firent une nouvelle chevauchée sous-marine. L'Alastyn avait repris la forme d'un cheval des ondes portant sur son dos ses filles aimées. Et c'est alors que l'accident se produisit. L'une d'abord, l'autre ensuite, toutes deux furent emportées par une énorme vague de fond laissant l'Alastyn lutter en vain contre cette masse d'eau pour tenter de les récupérer. Les jeunes filles, dont la protection les rendant insensibles à vivre sous l'eau, prenait fin. Elles absorbèrent beaucoup d'eau, l'air leur manquait, et furent, finalement, rejetées sur une des plages de leur île. Le nez dans les coquillages, la bouche remplie par le sable, elles eurent du mal à reprendre leur respiration de terriennes. Mais... était-ce un rêve qu'elles avaient vécu ?  Où était passé le gentil cheval marin? Et surtout... où était le beau jeune homme, ce prince du monde sous-marin?

Une fois bien réveillées, les poumons libérés de l'eau salée, elles reprirent le chemin de leur maison. Une caresse à la statue du buffet et le vieillard reprit vie et sa mandoline pour continuer à fredonner son chant là où il l'avait laissé. Les filles se remirent à danser, doucement, avec tristesse en pensant à leur amour perdu. Elles se rendirent à la plage tous les jours suivants pour pleurer afin que leur grand-père ne les surprenne pas dans cet état-là. Elles pleurèrent beaucoup, leurs larmes, glissant sur les galets humides se mélangèrent à celles du cheval ondin qui, lui aussi, sous la surface de la mer, pleurait aussi inlassablement. Il avait reçu l'interdiction de son dieu Neptune de refaire surface, de se transformer afin de faire tomber dans ses filets des êtres humains.  A fortiori des jeunes filles innocentes.

Les habitants de l'île, qui ne s'étaient pas aperçus de l'absence des jumelles,  remarquèrent que peu à peu les marées devenaient plus fortes et que la mer risquait de submerger la terre, leurs jardins, leurs maisons. Alors quoi? Les géants chargés de tenir l'île au dessus du niveau de la mer avaient-ils une faiblesse? Des crampes dans les bras ? Il fallait absolument savoir. Le seul habitant de l'île, un homme au thorax très développé, qualifié pour s'adresser à eux, fut requis et prié de descendre en apnée voir ce qu'il se passait. Il fut rapidement de retour sur terre confirmant que devant la montée des eaux autour de l'île, les géants-piliers étaient déjà sur la pointe de leurs pieds et les bras tendus au maximum. Cela ne pouvait durer!

Les deux filles avaient, bien sur, entendu parler de ce problème et décidèrent de pleurer dans leur potager, délaissant la plage. L'Alastyn ne sentant plus le goût de leurs larmes, se dit qu'elles l'avaient oublié et retourna mourir dans la grotte sous son château auprès de ses aïeuls.

Peu à peu, l'oubli, qui nous est propre, fit son effet et la vie ordinaire reprit son droit sur l'île. Filles disparues sous l'eau, cheval ondin, jeune prince venu des abysses, mais tout cela n'est que conte venu du fin fond des âges. Tout cela n'a jamais existé, dirent les plus sceptiques, d'autres pensèrent que les jumelles avaient tout inventé pour se faire valoir aux yeux des jeunes gens du bourg. Mais personne ne mentionna la possibilité d'un rêve... devenu réalité!

 

 

LAISSE L'EAU AUX POISSONS

ET L'AIR AUX  CANASSONS.

CHACUN A SA PLACE

VEILLE A LA SURVIE DE SA RACE.

 

 

 

 

*Plantes sous-marines qui existent réellement.

 

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07 septembre 2018

LE JEUNE PRINCE.

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

N°30NS

 

LE JEUNE PRINCE.

 

Une fois, en des temps fort reculés, il y avait un royaume tout petit mais très riche.  Dans les coffres du donjon dormaient des quantités incalculables de lingots et de pièces d'or et d'argent d'un métal des plus purs, des fûts emplis de tonnes de pierres précieuses de toutes les couleurs, diamants les plus rares, rubis, émeraudes d'un vert profond, topazes et saphirs et tant d'autres, ainsi que des perles des plus pures. Le château et les grands villages que comptait ce royaume étaient entourés de montagnes et de forêts infranchissables et pourtant la rumeur de ses richesses avait franchi tous ces obstacles naturels lui servant de frontières.

L'accès au royaume se faisait par une seule route peu entretenue, offrant des nids de poule à chaque mètre aux roues des carrosses qui s'y aventuraient. Puis il fallait passer un col en altitude. Là se trouvait l'unique bureau des douanes et de la gendarmerie royale. Les visiteurs étaient interrogés longuement sur la raison de leur venue et au moindre signe de curiosité ou d'avidité concernant le trésor royal, ils étaient priés, poliment mais fermement, de faire demi-tour.

Aussi après un long voyage, souvent terminé à pied ou en chaise à porteurs, les rares personnes admises étaient logées dans le seul hôtel de la capitale, hébergées et nourries gracieusement. Le service à table était fait par de jeunes et jolies apprenties fées aux ailes transparentes  et la cuisine tenue par un vieux diable retraité et ses commis diablotins qui avaient toujours froid. Il faut dire qu'aucune monnaie ne circulait dans ce royaume, que tout était gratuit et que le mot "impôt"  était inconnu. Le roi et la reine, très prévoyants et généreux pour leurs sujets, s'occupaient de tout.

 A l'interieur du royaume cela représentait un travail considérable pour le personnel de la demeure royale et à l'extérieur les envies et jalousies grandissaient régulièrement. Les rares individus qui avaient tenté de s'introduire clandestinement dans le royaume en franchissant les montagnes, disparaissaient comme par enchantement dans la forêt. Ces bois, étaient peuplés de monstres, mi-hommes mi-loups garous, peu nourris afin de les rendre plus féroces encore envers les étrangers clandestins. Ce n'est pas une poignée de framboises ou de myrtilles qui les aurait rassasiés! Seuls les habitants du royaume pouvaient cueillir ces fruits délicieux en toute sécurité.

Au dernier étage de la "Tour Haute", qui dépassait allègrement le donjon du château et qui était surmontée d'une girouette en forme de sarcelle, vivait l'unique enfant royal, le jeune prince. Il avait à sa disposition de nombreux serviteurs et un appartement très vaste, admirablement meublé et décoré. Il élevait, en cachette de ses parents qui étaient trop occupés pour monter là- haut, un tas d'animaux étranges, un petit chien à tête de dragon, des chatons à six pattes, deux cobras à écailles d'or, un fennec aux longs poils ocres, son préféré qui dormait avec lui, ainsi que de nombreux oiseaux au plumage chatoyant qui s'envolaient le matin et rentraient le soir pour dormir. Il y avait aussi un couple de colverts qui avait appris au jeune prince à cancaner dans leur language.

Le jeune prince passait aussi beaucoup de temps à lire ou à regarder par sa fenêtre. Il rêvait de voyages, de découvertes, de pays lointains, du moins à ceux de l'autre côté de la forêt et des montagnes. Il suivait de ses yeux envieux les vols d'oiseaux migrateurs et les trouvait très chanceux.

Un jour  passa dans la ligne de son regard un peu mélancolique, à la hauteur de la fenêtre, un gigantesque canard du Labrador que l'on appelait aussi "canard émeraude". Le prince ne put s'empêcher de siffler d'admiration et lui faire de nombreux signes de la main. Ce canard assurait depuis peu des voyages aériens, à la demande, pour satisfaire les envies de dépaysement des gens qui voulaient découvrir d'autres horizons tout comme le jeune prince. Croyant qu'on le hélait , le grand canard rebroussa chemin et se mit en vol stationnaire près de la fenêtre où se tenait le jeune prince. Celui-ci, surpris et sans réfléchir plus avant, voyant une place libre sur le dos du transporteur sauta par la fenêtre pour rejoindre les autres voyageurs. Il y avait là plusieurs personnes profitant de leurs congés pour découvrir gratuitement des destinations dites exotiques. Deux diablotins et un elfe de l'hôtel qui étaient mis en chômage technique faute de clients, le garagiste, qui avait dans ses bagages, trois roues faussées à réparer comme devoir de vacances, le croque-mort avec un cercueil à sa taille en cas d'accident et quelques autres personnes. Le jeune prince se renseigna sur le vol et sortit de sa poche une pépite d'or pour récompenser le transporteur. Le canard vert avala son royal pourboire tout en se disant qu'il allait devoir surveiller son transit pour le récupérer!

" Cela me va! Allons n'importe où pour regarder autre chose que ces forêts et montagnes, magnifiques certes, mais qui nous bouchent la vue!" dit le prince se couvrant de quelques chaudes plumes pour passer la cime des sommets. Cet obstacle franchi, le vol de la compagnie "Emeraude Holidays" redescendit ensuite, se stabilisant à une altitude où l'air était plus doux. Que c'est beau pensa le jeune prince en regardant les vallées, rivières et villages, qu'il survolait. Le style des bâtiments changea tout au long du voyage passant de temples aux pagodes, de cabanes en bois aux palais en marbre rose, de maisons sur terre ou sur pilotis. La mer! Personne n'avait encore vu ce spectacle. Les gens que le jeune prince apercevait au sol changeaient aussi de couleurs, ici des visages jaunes riants, là des faces noires souvent en pleurs. Parmi tous ces êtres vivants il y avait certes des femmes et des hommes comme lui mais aussi des plaines couvertes de troupeaux de bisons, des hordes d'éléphants poilus, des dragons cracheurs de feu qui incendiaient tout sur leur passage et dans les mers survolées, des poissons minuscules en bancs et d'autres énormes à tête ronde au bout d'un long cou sans fin qui happaient les mouettes au vol. Des bateaux  de toutes tailles, à grandes voiles ou avec de gros tuyaux noirs fumants.

"Que le monde est beau!" s'écria le prince. Regardez tous ces enfants qui se bataillent, ces véhicules bizarres avec une bouche à feu lançant de gros bonbons dorés et..." Il fut interrompu par une annonce du transporteur demandant aux passagers de bien se cramponner car il allait reprendre de l'altitude pour échapper aux tirs des canons d'en dessous. La guerre, pourquoi? Encore une chose inconnue en son royaume.

Quelque temps après, le canard émeraude indiqua aux voyageurs qu'il allait faire une escale. Une fois posé, les passagers avaient quartier libre pour faire quelques achats de souvenirs. " Achat ? C'est quoi au juste?" pensèrent-ils tous. Quand les commerçants de tissus multicolores, de masques de sorciers, de petits singes tristes en cage ou de colliers de fausses perles leur couraient après parce que la notion de payer n'existait pas dans leur pays, les passagers du canard vert se réunirent autour du jeune prince que certains avaient reconnu. "Je m'en occupe" dit-il, j'ai lu quelque part que cette coutume existait sur cette terre et je vais récompenser cette meute hurlante et gesticulante. Dés que les vendeurs aperçurent les petites pépites d'or dans la main du prince, ils s'agenouillèrent devant lui tendant des mains tremblantes, avides et fébriles.

Et le voyage, "découverte d'un autre monde," se poursuivit pendant encore une semaine. Survols d'endroits calmes où la population dépliait des banderoles "Bienvenue", endroit idéal pour une escale au bord d'une mer turquoise et repas sous les palmiers. Plus loin des aéronefs belliqueux prirent le canard émeraude en chasse tirant des rafales de mitrailleuses intimidantes parce qu'il avait, par erreur, pénétré dans un espace aérien interdit. Ils survolèrent ainsi des pays amicaux et ennemis, ces derniers en haute altitude pour éviter de prendre du plomb dans l'aile.

Le transporteur, une fois rentré à bon port, s'arrêta en vol stationnaire devant la fenêtre du prince pour lui permettre de débarquer et regagner son appartement. " Tiens, encore une pépite bien méritée et surveille tes crottes..." dit le prince en riant, tout en enjambant son appui de fenêtre. Curieusement personne parmi ses domestiques ne s'était aperçu de son absence. Les horloges du palais affichaient toutes seize heures trente alors que c'était à cette heure précise que le jeune prince avait embarqué sur le canard vert mais...trois semaines plus tôt! Pendant son absence le temps s'était arrêté dans son royaume. Les lutins, chargés de l'horloge centrale de laquelle dépendaient toutes les autres du pays ainsi que les réveils et les montres de la population, avaient tourné les aiguilles à l'envers  chaque jour, à minuit, pendant  l'absence du jeune prince. Personne, ni ses parents, la reine et le roi, aucun de leurs sujets, ne s'était aperçu de ce tour de magie. Cependant, ce jour là, à l'heure du gouter, un observateur avisé aurait remarqué que les enfants réclamaient et mangeaient beaucoup plus que les autres jours et que chez les adultes les gargouillements d'estomacs, signe de faim, étaient plus nombreux et se produisaient plus tôt et se faisaient beaucoup plus bruyants qu'à l'accoutumée. Et le jeune prince, lui, n'attendait que la prochaine occasion pour s'échapper à nouveau!

 

 

  

 

UNE ESCAPADE EN TERRE INCONNUE ?

AVEC TOUS LES DANGERS ENCOURUS!

MEME LES REMORDS DU COUPABLE

 NE GOMMERONT CETTE FAUTE PUNISSABLE.

 

 

 

 

Le Colvert, Baudienville, septembre 2018.

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08 août 2018

LES TROIS OURSONS.

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°29NS

LES TROIS OURSONS.

 

Dans un pays lointain recouvert de forêts de sapins majestueux, où la neige cache sous  sa couette épaisse et blanche toute la nature cinq mois par an, vivait une maman grizzly qui portait le joli nom d'Alaska. Elle était impressionnante par sa taille et   sa force.  Son amour pour ses trois oursons était aussi immense qu'elle était grande et forte. Elle avait donné le jour à ses petits au fond d'une grotte qui était sa tanière. Là étaient nés, à peu d'intervalle, deux garçons Aldo et Alex, puis Abby leur  sœur. Leur robe était d'un brun foncé à reflets bleutés noir-ébène et tous les trois avaient une tache blanche, de la taille d'une pièce d'un dollar argent, sur le poitrail comme maman et comme papa aussi. Papa, lui,  avait été tué par des trappeurs quelques mois plus tôt lors d'une battue aux loups! Difficile pourtant de confondre un énorme grizzly avec un coyote. Le besoin de tirer sur un bel animal avait été plus fort que le respect de la faune sauvage. Tuer pour le plaisir de tuer!

En ce mois de janvier-là, il faisait particulièrement froid et la neige était tombée en gros flocons étoilés sur plusieurs mètres d'épaisseur. Les trois oursons avaient vite fait leur fourrure d'hiver en tétant copieusement le bon lait de maman grizzly, bien qu'en cette période d'hivernation,  la nourriture se faisait plus rare. Et Alaska, encore triste du départ de leur père, se disait: "Vivement l'hiver prochain  que mes petits soient plus grands, ils pourront vivre alors leur première nuit de Noël avec son miracle de minuit, lorsque tous les arbres de la forêt s'éclaireront, comme par magie, et scintilleront de mille feux. Ah, les jolis reflets de ces millions de lumières multicolores sur la neige et les stalactites qui pendraient à l'extrémité des branches! Elles s'éteindront avec l'arrivée du jour nouveau." Sur ces pensées joliment illustrées, la maman grizzly s'endormit, ses trois amours bien au chaud entre ses pattes serrées  contre son ventre douillet. Heureuse.

Quelque temps après, quand les premiers chants des oiseaux réveillèrent la nature au printemps et les hibernants de leur sommeil, la faim au ventre, la jolie petite famille d'Alaska ouvrit elle aussi ses yeux. Le museau en éveil, Alaska sortit la première, pour s'assurer qu'aucun danger ne guettait ses petits. Elle huma l'air environnant après avoir dégagé avec ses grosses pattes quelques tas de neige encore durcis par le gel nocturne. Aldo, Alex et Abby  commencèrent, vite fait, une bataille de boules de neige. Puis tout à coup Alaska sentit comme une odeur de poisson. Curieux, se dit-elle, nous sommes pourtant loin de la rivière. Soudain elle vit arriver vers elle comme une très grosse boule de neige d'ou dépassaient un museau noir et la queue d'un gros saumon! La "boule" se secoua et il en sortit une ourse polaire blanche comme neige, une cousine très éloignée, disait-on, d'Alaska, et qui résidait d'ordinaire dans un igloo non chauffé près du pôle nord. Toute seule.

"Salut la cousine," grogna joyeusement l'ourse blanche. "Je vous ai apporté le petit déjeuner. En passant la rivière, encore partiellement gelée, j'ai eu la chance d'attraper sans peine ce beau et gras saumon."  Alaska appela ses gamins pour leur montrer le poisson. Leur premier saumon. Tous trois reniflèrent copieusement et, à l'unisson, retournèrent téter maman. Ils apprendraient plus tard au cours des trois années à venir, se dit Alaska, ils ne sont pas encore prêts à me quitter! Et elle se mit à dévorer ce saumon tout frais et délicieux. "La cousine" s'était endormie après son long chemin et bientôt Alaska fit de même pour digérer et les trois petits aussi. La fatigue aidant d'avoir si bien joué dans la neige.

C'est alors que "la cousine blanche" ouvrit un œil, constata que son plan avait fonctionné et très doucement s'approcha des dormeurs, saisit un ourson par la peau du cou avec sa gueule et quitta les lieux très vite. Abby encore somnolente, ne se réveilla que bien plus tard, au moment ou sa ravisseuse traversa la rivière, de bloc de glace en plaques, sans glisser. En habituée!

Du côté de la tanière d'Alaska, alors que le printemps  débutait timidement, la vie était axée sur la recherche d'Abby. Aldo et Alex jouaient peu, tentaient de suivre leur mère constamment en mouvement à la poursuite de telle ou telle piste qu'ils avaient du mal à suivre longtemps. Dès le lendemain de la disparition inexpliquée d'Abby, maman grizzly avait lancé une alerte enlèvement via le réseau "Nouvelles de la Forêt" exploité par les écureuils, si nombreux que les informations circulaient rapidement d'arbre en arbre,  plus vite encore qu'ils ne se déplaçaient. Une semaine plus tard, toujours rien, pas le moindre indice sur ce qui avait pu se passer. Et la cousine! Elle est où?

C'est au cours d'une de ces promenades, qui avaient pour but unique de trouver la trace d'Abby, qu'Alex fut enlevé par un  pygargue à tête blanche et à l'envergure impressionnante. Alors qu'Alaska et ses deux petits étaient tranquillement installés dans une jolie clairière où éclataient au soleil encore timide, les premières perce-neiges sauvages, que l'accident était survenu. Maman grizzly était allée à la pêche et rapportait une belle truite afin que ses deux garçons goûtent à autre chose que son propre lait. C'est à ce moment que l'aigle avait fondu sur eux, s'était emparé d'Alex et d'un coup d'ailes vigoureux, s'était élevé au dessus des cimes des sapins environnants.

Alaska avait, bien entendu, tenté d'empêcher cela et s'était jetée de toutes ses forces sur l'aigle mais celui-ci avait été plus rapide et agile qu'elle. Les larmes aux yeux, la grizzly avait à nouveau appelé les écureuils à son secours. Ceux-ci s'étaient éparpillés dans la forêt et avaient essayé de suivre le vol de l'aigle en sautant de cimes en branches, tout en le tenant à l'œil. Mais quand le pygargue avait quitté la zone boisée et était parti plus haut dans la montagne, ceux qui le poursuivaient, ne pouvaient s'aventurer en terrain découvert. Ils avaient vu l'aigle s'élever contre la muraille montagneuse dans le but de rejoindre son aire. Alaska après plusieurs tentatives de suivre la direction qu'avait pris le ravisseur, avait dû y renoncer devant la fatigue que montrait le petit Aldo. Alors elle avait rebroussé chemin pour rentrer dans sa maison ne voulant en aucun cas laisser seul l'unique petit ourson qui lui restait.

Le quotidien était devenu vite très triste et silencieux dans et autour de la grotte d'Alaska. Celle-ci  ne lâchait pas du regard son petit bonhomme ours. Tous deux ne sortaient plus que pour cueillir quelques baies sauvages pour se nourrir et restaient tapis, l'un contre l'autre, au fond de leur tanière.

Un matin cependant ils furent réveillés par des cris d'hommes et des aboiements de chiens. Bientôt les chiens pénétrèrent dans la grotte et montrèrent leurs dents aux deux ours. Aldo curieux s'était un peu éloigné de sa mère croyant trouver de nouveaux compagnons de jeu. Sa maman avec sa grande taille et ses grognements tentait de faire fuire les chiens. Ceux-ci prudents reculaient devant cette masse menaçante non sans avoir entouré l'ourson pour le diriger vers la sortie à force de petites morsures aux pattes comme s'il était une vulgaire brebis égarée du troupeau. Malgré cela Alaska avait décidé de ne pas bouger sachant pertinemment que si elle se présentait à l'entrée de la grotte elle serait immédiatement abattue par les chasseurs assoiffés de sang, heureux de donner la mort, afin de se procurer un beau "jeté-de-peau" pour leur divan. Elle repensa au papa de ses petits qui lui aurait conseillé cette prudence.

Les chasseurs emprisonnèrent l'ourson dans un grand filet pour le transporter vivant à leur véhicule tout-terrain en se félicitant de leur prise dont l'avenir, dans leurs esprits, était tout tracé. Il finira à faire le beau dans un cirque après s'être fait dresser durement à coups de fouet. Et ni les hommes  ni les chiens retournèrent à la grotte où silencieusement Alaska pleurait en pensant à ses trois petits tout en maudissant toutes les ourses polaires, tous les aigles et tous les hommes et leurs chiens, la vie. La nuit d'Alaska allait se trainer en longueur sans sommeil, cela même en fermant ses doux yeux marrons laissant perler de grosses larmes amères.

 

°°°°°°°°°°°°

 

Après vingt-quatre heures de désespoir, Alaska décida que l'enlèvement de ses trois oursons ne pouvait en rester là et qu'il fallait agir rapidement en priant tous les esprits bienveillants de la forêt afin qu'il soient toujours en vie et bien portants. Au moment de  sortir de sa grotte, Alaska se trouva nez-à-nez avec un troll, qu'elle avait déjà croisé à maintes reprises dans les parages. Un voisin très discret.

"Ah, vous voilà dame Alaska! Justement je voulais vous voir car le quartier semble bien tranquille depuis que vos petits ne jouent plus en plein air. Vont-ils bien?" demanda encore ce gentil troll. Alaska, à nouveau en larmes, entre deux hoquets, raconta tout à son visiteur, les enlèvements successifs, ses recherches qui n'avaient rien donné, n'oubliant pas son énorme chagrin.

"Mais que me dites-vous là? Il faut agir tout de suite et je m'en charge. Ne vous éloignez pas trop, car d'ici quelques heures, je serai de retour avec tout ce que compte la forêt d'esprits bienveillants et nous mettrons en place un système de recherches universel. Attendez nous, chère Alaska!" Et sur ces paroles le troll s'enfonça bien vite sous les fougères de la forêt et disparut du regard de l'ourse.

Le troll lui aussi fit appel au grand réseau des écureuils pour réunir d'urgence tous ses amis. C'est ainsi que tous les responsables souhaitant mettre leurs pouvoirs au service d'Alaska répondirent à l'appel du troll. La reine des sylphes régnant sur l'air et les vents arriva la première à la grotte de l'ourse, bientôt suivie du roi des faunes dont la spécialité était les arbres, les bois et forêts. Les nymphes et ondines se chargeraient des lacs et rivières sans oublier la mer. Quant aux aides et commis de la fée Morgane, ils prendraient soin de tout ce qui concerne la chaleur, le soleil et le feu.

Une fois au courant du triple malheur qui avait frappé Alaska, tous repartirent très vite pour mettre en action tous leurs réseaux à travers le vaste monde. Le premier ourson qui fut repéré  fut Aldo dans le grand cirque implanté au centre de la ville de l'autre côté des montagnes. A première vue il allait bien à l'exception de quelques traces de fouets sur son poil un peu terni par l'emprisonnement subi, enchaîné par une patte. Une escadrille de sylphes repéra Abby, tâche foncée sur la glace blanche près du pôle nord, accompagnée de la fausse cousine de sa mère. La troisième bonne nouvelle tomba le jour suivant, Alex était retenu sur l'aire de l'aigle qui semblait le nourrir pour l'engraisser et en faire un festin l'hiver prochain.

Une réunion urgente fut organisée par tous les acteurs participant aux recherches devant la tanière d'Alaska. Celle-ci, folle de joie, en apprenant que ses trois amours étaient toujours en vie, entreprit la "danse tribale des futures retrouvailles" autour du gros tronc de l'arbre le plus proche. Puis elle remercia de tout son coeur ses amis, esprits et fées, lutins et gnomes sans oublier son voisin le troll. Les fées, avec leur baguette magique, furent chargées du rapatriement des trois oursons et le régiment de lutins de choisir la punition adéquate à appliquer aux ravisseurs.

Comme il se faisait déjà tard quand la séance fut levée, Alaska alla se coucher en attendant, avec une grande impatience, le lendemain matin qui verrait revenir Aldo, Alex et Abby. Epuisée par tant de stress Alaska s'endormit profondément. Ce n'est que le lendemain qu'elle se rendit compte qu'entre ses pattes, recroquevillés et bien au chaud, dormaient à nouveau ses trois trésors, enfin de retour à la maison. Elle pleura encore, mais cette fois-ci de bonheur en pensant qu'ils seraient là, tous les trois, pour vivre dans neuf mois la féerie de la nuit de Noël.

Au dehors, devant la grotte tous les amis qui avaient travaillé ensemble afin de ramener les trois oursons à leur mère les attendaient. Une fois les quatre museaux noirs bien visibles ils applaudirent Alaska et ses trois petits. Puis le troll raconta comment les ravisseurs avaient été punis. Tous s'y étaient mis, fées, lutins, gnomes, etc. pour leur faire payer leur méchante action. L'aigle avait reçu un seau de désherbant et toutes ses plumes s'étaient envolées au vent et serviraient aux autres  petits oiseaux à construire leurs nids, mais lui ne pouvait plus voler.  L'ourse blanche, en manque et mal d'enfant, s'était retrouvée fixée sur un énorme iceberg qui dériverait au plaisir des courants de la mer le restant de sa vie. Quant aux hommes et leurs chiens, qui avaient vendu le jeune Aldo au cirque, ils étaient statufiés ensemble à un croisement de chemins forestiers en personnages de glace et fonderaient tout naturellement au soleil du printemps qui s'annonçait enfin.

Alaska, Aldo, Abby et Alex avaient beaucoup ri en écoutant le récit de leur voisin, le gentil troll. "Ainsi justice est faite! Merci à vous tous. Ces punitions infligées à ceux qui se croyaient les maîtres de nos forêts et  qui pensaient que tout leur était permis, serviraient d'exemple. A partir de maintenant nous pourrons tous vivre en paix!" C'est avec de nouveaux applaudissements que furent accueillis les conclusions d'Alaska et tous les présents retournèrent à leurs tâches habituelles avec le sentiment d'avoir accompli leur devoir tout en rendant Alaska heureuse.

 

 

 

LA NATURE SERA TOUJOURS PLUS FORTE QUE LES HOMMES,

SURTOUT AVEC L'AIDE DE BONS ESPRITS AUX IDEES  BONNES.

 

 

 

Le Colvert, Baudienville, Août 2018.

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04 juillet 2018

LE GARCON DE PISTE.

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°28 NS

LE GARCON DE PISTE.

 

Djidjo était gros, gras et maladroit. Il s'empiffrait de sucreries et de gâteaux à longueur de journée. Sa mère lui disait à tous les repas: " Mange mon petit, à ton âge les enfants ont faim. Tiens, prends encore un gâteau au miel et n'oublie pas ton goûter!"

Ainsi s'étaient passées les neuf premières années de sa vie et maintenant qu'il allait bientôt prendre un an de plus, Djidjo était toujours dernier à la course, n'arrivait pas à décoller ses pieds du  sol au grimper à la corde, ne savait rien faire de tout ce que faisaient ses camarades du même âge pour aider et se rendre utile dans cette grande famille des gens du cirque. Il n'était même pas apte à aider les garçons de piste au nettoyage avant de remettre du sable propre ou de la paille dorée dans cette arène magique, la piste ronde d'un cirque, seul endroit éclairé par une ribambelle de soleils électriques devant les spectateurs d'un soir,  assis dans le noir.

Notre histoire commence juste après un nouvel échec au saut à la perche où Djidjo s'était ramassé lamentablement dans la boue au grand plaisir de ses copains. Alors il avait trouvé refuge sous les strapontins réservés au public au fin fond du chapiteau et, certain que personne ne pouvait le voir, pleura à grosses larmes. Il sanglotait, en avait marre de tout, se forçait à vomir son goûter et voulait tout simplement disparaître de cette terre et mourir.

Pourtant il était un enfant aimé de ses parents mais peut-être trop gâté surtout au point de vue nourriture...Esméralda, sa maman et Ramon son papa, tous deux originaires de Bohême, avaient parcouru l'Europe entière avec leur cirque et Djidjo était né quelque part entre la Bavière et l'Italie dans un lacet de la route qui grimpait vers un col enneigé. Nourri au bon lait maternel, Djidjo avait vite repris son poids de naissance et grandi au milieu de la courbe de son carnet de santé. C'est seulement vers six ans que sa gourmandise du sucré était apparue. Et depuis il s'empiffrait, à la risée de tous les gamins de son âge qui vivaient comme lui au milieu de cette belle famille, en permanence en voyage et sans domicile fixe. Il y avait quand même une boîte aux lettres fixée à l'arrière de la roulotte.  Mais jamais de facteur à vélo essayant de suivre celle-ci!

Donc Djidjo pleurait toutes les larmes qu'il était capable de produire lorsqu'un petit frôlement sur son bras le fit se retourner, curieux et aussi en colère contre celui ou celle qui l'avait déniché dans sa cachette. Aucun parent en vue, pas plus qu'un de ses copains moqueurs. Et là, du haut d'une planche, un tout petit bonhomme  vert, corps et membres d'une belle grenouille, tête sympathique à grand sourire et deux oreilles pointues,  lui parlait doucement. "Je m'appelle Phoenis. Tu n'as aucune raison d'avoir peur de moi car je suis un gremlin gentil aux pouvoirs magiques infinis. Je sais aussi pourquoi tu pleures Djidjo, et j'ai décidé de t'aider à condition que tu le veuilles bien et de m'obéir quel que soit mon ordre."

Malgré la surprise ressentie par Djidjo, il avait encore du mal à stopper ses pleurs et les reniflements qui vont avec. Après s'être mouché bruyamment et essuyé son nez sur sa manche, le jeune garçon lui dit que si ce n'était pas trop dur il voulait bien essayer. "Avec moi c'est tout ou rien. Si tu marches dans mon sens je ferai de toi un très beau jeune homme qui, en poussant ses limites au maximum, sera bientôt le roi de ce cirque" répondit Phoenis. Une petite discussion s'ensuivit entre eux  et Djidjo une fois converti au bon vouloir du gremlin, celui-ci s'envola à l'aide de deux petites ailes qu'il avait déployées du milieu de son dos en lançant au garçon "On commence demain!"

En effet, et sans rien y comprendre, les autres membres de cette tribu du cirque, virent dès le lendemain à l'aube, Djidjo faire son jogging et de la gymnastique. Lorsqu'il rencontra un rondin, il s'en servit comme haltère, un tas de parpaings devint alors un obstacle à sauter par dessus, un mât avec un cordage, à grimper en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Djidjo se livrait à ces exercices tous les jours, souriait beaucoup mais ne racontait rien de l'accord secret passé avec son ami Phoenis et dont la main invisible était pour beaucoup dans ces réussites. A table il mangeait raisonnablement  l'estomac resserré par un "nœud gremlin"! Après des mois de ce régime le garçon avait grandi, était devenu svelte, musclé et prêt à relever n'importe quel défi sportif que lui lançaient ses copains.

Encore trop maladroit pour sauter sur le dos d'un cheval au petit-trot, Phoenis  servait à la fois de marchepied et de levier invisible à Djidjo, qui très rapidement, à l'étonnement de tous, devint un excellent cavalier. Son ami gremlin, dont les ancêtres avaient toujours exercé leurs talents au service des gens du cirque, montra à son petit protégé l'ensemble des ficelles à connaître pour devenir un artiste complet dans toutes les disciplines et à dominer leurs difficultés et les peurs qui vont parfois avec.

Les jours, les semaines et les mois, voire quelques années se passèrent ainsi, protégé par le contrat secret qui liait Djidjo à Phoenis. Tous deux étaient inséparables et le jeune garçon était devenu un jeune homme qui excellait dans tous les exercices, en les compliquant encore un peu et en en inventant d'autres. De "grosse bouboule", Djidjo  était devenu un jeune homme, svelte et musclé, et les jeunes filles qu'il croisait, celles du cirque ou celles venues en spectatrices, se retournaient volontiers sur lui en gloussant comme des dindes survivantes au dernier Noël. Comme il était loin le temps où ses copains se moquaient de son embonpoint et lui prédisaient une carrière comme boulet de l'homme canon! En plus de sa propre personne il avait développé de nombreux nouveaux numéros avec Phoenis qui eurent bientôt un retentissement national et mondial. Les gens du cirque ne comprenaient pas, pourquoi là, où ils voyaient de simples chevaux, les spectateurs enthousiastes se levaient pour applaudir à tout rompre et à faire trembler les mâts du chapiteau. C'était à cause d'un petit détail que Phoenis avait introduit dans le carrousel  et visible uniquement des gens qui assistaient au spectacle. En effet, quand les chevaux étaient lâchés sur la piste ils représentaient des animaux fantastiques, corps de chevaux, têtes d'aigles, de canards, de coqs et tant d'autres bizarreries du même genre. Lorsque les éléphants se présentaient à la vue des spectateurs, ils étaient ornés et décorés comme pour les grandes fêtes religieuses à Bali ou au Sri-Lanka. Pour les soigneurs du cirque, ils étaient gris et rien de plus! Les tigres aux rayures multicolores, dressés sur leurs pattes arrières se lançaient Djidjo comme un jouet puis, à la fin, le posaient doucement à terre pour le lécher copieusement de leurs langues râpeuses et le portaient en triomphe jusqu'à la sortie.

Les girafes, pour les spectateurs, avaient au dessus de leur corps naturel une tête de rat et un cou en millepattes très agités. Des aigles volaient à ras du public ravi, et en desserrant leurs griffes, faisaient tomber des tas de bonbons pour les enfants et parfois aussi pour leurs parents... De gros et lents pélicans, circulaient dans les gradins, ouvraient leur grand bec profond pour y faire jeter les papiers et mouchoirs, humides des larmes de joie. Au fur et à mesure que Djidjo et  Phoenis mettaient au point le programme du spectacle, celui-ci devenait réellement de plus en plus enchanteur.

Quand Djidjo apparaissait  tout en haut du mât principal du chapiteau et se lançait, comme s'il volait, vers les trapèzes en contrebas, c'était tous les soirs le même délire. Surtout lorsque Phoenis rendait ces barres invisibles pour la foule. Il se balançait et sautait de l'une à l'autre sans jamais la moindre erreur. Phoenis,  tel un ange gardien, l'accompagnait en permanence et Djidjo, dans son costume argenté, souriait en pensant au bel athlète qu'il était devenu sans oublier d'étreindre, d'embrasser et remercier "sa bonne fée", avant et à la fin de chaque représentation, terme qui mettait en rage, pour au moins une seconde, Phoenis!

Un jour, les deux compères, pensèrent à introduire dans le spectacle des dragons cracheurs de feu que Djidjo devait dompter afin de les chevaucher. A la première répétition, sans public, l'un des verts dragons un peu capricieux, n'obéissant pas correctement aux ordres, lança son jet de feu vers le haut et la toile du chapiteau s'enflamma aussitôt. Les lamas cracheurs d'eau spécialement engagés comme pompiers eurent du mal à atteindre et éteindre le foyer et durent appeler Phoenis pour y mettre fin. Ce qu'il fit en tendant seulement un doigt en direction des flammes. Magique ! Et ce même doigt promené en cercle au dessus de sa tête changea en un clin d'œil tout le chapiteau qui devint "flambant" neuf aux couleurs chatoyantes visibles de loin. Magique encore!

Et les soirées, de spectacles en galas, se poursuivaient tous les jours avec toujours plus de spectateurs pour admirer des numéros toujours plus beaux. Un soir, juste avant la fin de la représentation, quelques personnes se levèrent des gradins pour aller rejoindre Djidjo, qui saluait son public, au milieu de la piste. Il y avait là un monsieur noir d'Afrique, un jaune venu de Chine et un blanc venu d'ailleurs. Tous trois s'inclinèrent devant Djidjo et du haut du chapiteau descendit, retenu par un câble d'acier, un énorme "Clown d'Or", récompense suprême dans le monde du cirque et qui lui avait été attribué par l'association universelle des critiques de cirque (A.U.C.C.) à l'unanimité de ses membres. Ouah! C'était la gloire pour Djidjo et son cirque sans oublier Phoenis qui décida ce jour là de squatter  un petit coin douillet du rebord du chapeau du clown comme domicile fixe! Gremlin d'or dans un appartement doré!

Et après ? Eh bien, la vie a continué! Le cirque aussi... Djidjo s'est marié en laissant beaucoup de jeunes filles malheureuses en larmes! Avec son épouse, ils eurent un tas de petits "Ramon et d'Esméralda" afin de faire perdurer et développer la belle famille des "Gens du Voyage". Ah, j'ai failli oublier, le fils aîné de Djidjo portait comme prénom Phoenis!

 

 

UN BON COPAIN DANS LA VIE,

C'EST TRES BIEN.

UN VRAI AMI POUR LA VIE,

C'EST ENCORE MIEUX.

 

 

 

 

Le Colvert, Baudienville, juillet 2018.

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06 juin 2018

L'ENVERS DU DECOR.

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°27 NS

L'ENVERS DU DECOR.

 

 

Jonathan était proche de son réveil. Il commença par s'étirer, bras et jambes, ouvrit un œil et le referma aussitôt. C'est bizarre se dit-il, cet éclairage qui m'entoure, et là sous mes fesses, c'est dur."Où suis-je?" Il était certain de s'être endormi sur son lit, dans sa chambre, pour une mini sieste avant d'aller faire du vélo comme tous les dimanches après-midi. Du coup Jonathan ouvrit ses deux yeux, en vitesse, pour vérifier ce que son cerveau lui dictait. Et là...

Là, le jeune garçon s'aperçut qu'il ne se trouvait pas étendu sur son lit, qu'il n'était pas dans sa chambre non plus et qu'aucun  bruit familier ne filtrait du rez-de-chaussée de la maison, squattée ce jour là, comme toutes les semaines, par toute la famille. Parmi elle, son grand amour, la jolie Emeline, un an plus jeune que lui et dont il était très amoureux. "Cousine certes mais à un degré très, très et plus que cela encore, très éloigné! Tellement loin!" Jonathan qui allait sur ses seize ans, souriait tout seul à cette agréable pensée. "Bon, je me réveille pour de bon, debout mec!"

C'est alors qu'il se rendit compte qu'il était allongé par terre sur un mélange de sable et de terre. La luminosité autour de lui était comme veloutée, semblable à un jour de brouillard bas à ras des clôtures, pas trop épais, et Jonathan se demandait d'où elle provenait, aucune fenêtre n'étant visible et le plafond était très sombre. "Mais où suis-je?" Au dessus de sa tête pendait une multitude de filaments ressemblant à des racines. "Tiens, ce ne serait pas des carottes? Enormes! Et là des navets! Bien gros! On dirait que j'ai un jardin potager pour géants au-dessus de ma tête et comme voûte céleste  des racines de légumes au lieu des étoiles. Et les bâtons blancs là-bas, épais comme des poteaux télégraphiques, pourtant ils ressemblent à... une expo de lances mongoles, non...à des asperges géantes ? Je vais me régaler! Même sans la vinaigrette de Maman."

"Et moi, qu'est ce que je fais là en dessous? En dessous d'un potager? Comment suis-je arrivé là? Enterré vivant?" Il avait lu que cela se faisait dans certains pays aux mœurs sauvages. "Ah, mais c'est quoi ça ? Il pleut, on dirait." De fines gouttelettes d'eau s'écoulaient le long des racines des divers légumes et se rassemblaient en un point précis d'où elles disparaissaient en un petit ru dans le sol. "Est-ce déjà l'heure à laquelle Papa arrose?" Au détour d'une motte de terre, qui semblait à Jonathan être une montagne, un vilain serpent boudiné arrivait doucement vers lui en se dandinant comme un serpentin un jour de vent. Il avait vu des images d'un tel spectacle dans une revue de la salle d'attente de son généraliste. Le garçon prit peur, où se cacher. Il réalisa en quelques secondes que son "serpent" ressemblait à un ver de terre géant."Pour la pêche, un ver comme celui-ci, et je prends tous les poissons de la rivière d'un seul coup! Cool!"

Le ver de terre  renifla Jonathan avec un certain air de dégoût   puis  s' intéressa aux racines blanches et tendres d'une laitue. "Il faut que je sache où je suis et pourquoi mon environnement est hors de proportions avec celui de ma vie quotidienne. Suis-je devenu un nain ou papa a-t-il  eu la main lourde dans les vitamines végétales bio?" Alors Jonathan se décida d'explorer plus  avant l'endroit où il se trouvait malgré lui. Il marcha droit devant lui écartant les racines des légumes comme un explorateur aurait tranché les lianes dans la forêt tropicale. "Tiens voilà des fourmis jaunes de la taille d'un gros chien. Et leurs mandibules ne me disent rien qui vaille! Laissons passer la caravane."  Plus loin le garçon croisa deux scarabées qui se disputaient autour d'une boule de crotte énorme,  de la taille d'une montgolfière en plein vol.

Jonathan continua sa visite souterraine rencontrant des mille-pattes se dépêchant vers une destination connue d'eux seuls. Il faillit se  noyer, la terre ayant cédé sous ses pieds, dans un grand lac souterrain, "nappe phréatique, ils nous en parlent tous les jours lors de la météo" pensa-t-il après avoir repris pied sur la berge. Un peu plus loin, le garçon dut battre en retraite précipitamment  devant une colonie d'abeilles de terre violemment défendue par ses vaillantes guerrières. "Ouf, je l'ai échappé belle! J'aurais pu servir de repas à la reine." pensa-t-il avant de décider qu'il n'avait plus qu'une chose à faire : trouver la sortie!

"Et si je grimpais le long d'une racine et puis contournais le bulbe du navet avant d'évacuer la terre vers le bas. C'est risqué. Et si je suis enseveli, quelle autre solution?" Il pensa au trou d'aération que les abeilles devaient avoir pour butiner en surface mais considéra cette solution comme trop dangereuse.  "Si je plonge dans ce joli lac vu tantôt, il est plein et je risque d'attendre longtemps avant d'être aspiré en période de sécheresse!" Creuser un tunnel verticalement au dessus de sa tête sembla aussi trop aléatoire à Jonathan. "Mais au fait, ils s'en sont sortis comment les héros de Jules Verne lors de leur voyage au centre de la terre?" "Aucun souvenir, mémoire effacée, mauvaise manip, bug de première" pensa le garçon tout en commençant à paniquer un peu. Il se laissa tomber, s'assit et se prit la tête entre ses mains. "Réflexion et concentration doivent être mes priorités."

La faim se mit aussi de la partie. Le gâteau du dimanche était largement digéré et les glouglous intempestifs de son ventre ne ressemblaient en rien au doux murmure de la fontaine où il aimait s'isoler avec sa chérie! "La honte, si elle m'entendait!" Jonathan sortit son couteau Laguiole de sa poche et se mit à entailler une carotte. Avec beaucoup de mal il arriva à en couper une lamelle qu'il mordit avec appétit espérant satisfaire, au moins momentanément, son estomac. Il s'assit sous son garde-manger et se mit à réfléchir à son sort, "Comment? où? sortie? Pourquoi moi? vais-je revoir Emeline, ma Liline ? etc."

Jonathan fut tiré de ses pensées par un légère tape sur l'épaule. Surpris, se retournant il se trouva en face  de quelques nains barbus, outils de jardinage sur l'épaule et qui semblaient se rendre au travail. Ils étaient six! Celui qui semblait être le chef lui demanda s'il était l'intérimaire qu'il avait demandé ayant un malade dans son groupe. Le garçon, poliment, lui répondit que non et lui raconta son histoire incroyable. Les six nains firent cercle autour de lui, les uns le plaignant, les autres lui proposant toutes sortes de recettes pour s'en sortir. Devant ce bavardage sans  queue ni tête, le plus ancien des nains fit taire ses copains et proposa d'aller quérir, auprès de la chef des esprits bienfaisants, vivant sous terre pour veiller au bon mûrissement des légumes, une potion magique de croissance rapide. A utiliser chez les hommes mais surtout pas comme engrais des plantes, expliqua le nain qui reçut immédiatement l'accord de Jonathan. " Encore faudra-t-il doser la potion magique comme il se doit, je veux redevenir comme avant, ni plus jeune, ni plus vieux!" pensa le garçon. "Et oui six nains, se dit-il ensuite, sûr il leur faut un remplaçant pour revenir au nombre de sept!"

Le nain revint assez rapidement avec un flacon, genre sirop pour la toux, dont il se mit à étudier soigneusement la posologie sur l'étiquette au dos de la bouteille. "Ah j'y suis. Bon tu m'as dis avoir seize ans et deux mois. Voyons. Bien sûr, c'est inscrit là: seize cuillerées, une par an, et deux douzièmes de la dose prescrite pour les deux mois! Allez hop, avale moi cela!" Jonathan n'ayant pas trouvé, aux cours de ses réflexions, meilleure solution, avala courageusement la dose. Il sentit comme un étirement dans tous les sens des muscles et os de son corps et perdit rapidement conscience sous la douleur ressentie.

Jonathan s'éveilla au milieu d'un parterre  de navets, de la terre partout sur son corps y compris dans ses cheveux et sous la paume d'un arrosoir d'eau que tenait son père à bout de bras. "Quand tu auras fini de faire le pitre à te vautrer dans mes légumes que j'ai déjà assez de mal à faire pousser, tu me le diras! Tiens je vais appeler Emeline pour qu'elle te voie dans cet état! Et plus question, jusqu'à tes dix-huit ans de goûter aux cerises à l'eau de vie!"

Bon prince  devant les supplications de son fils, il renonça à faire venir la jeune fille mais ne crut pas un seul mot des explications que ce dernier voulut lui fournir. "Délirium Tremens" fut la dernière parole du père à son fils avant de s'en retourner vers ses invités.

°°°°°°°°°°°°

Et les années passèrent avec leurs joies et leurs peines, avec leurs lots de bonheur et aussi, hélas, de malheur. Jonathan et Emeline, toujours très amoureux, étaient mariés depuis quelques temps et vivaient heureux avec leur fils Jonathan II°. Le soir, avant de mettre le garçonnet au lit, sa maman ou son papa lui racontait de belles histoires et de beaux contes. Parmi ceux-ci il y en avait un qu'il semblait apprécier plus que les autres. C'était l'histoire d'un jeune garçon transformé en nain, sans aucune explication sérieuse, et qui s'était réveillé sous terre dans une jungle de lianes formée de racines de...navets!

 

ENFANT, ADOLESCENT OU ADULTE,

EN TERRAIN FERTILE OU INCULTE,

VOTRE JARDIN SECRET EST LE VÔTRE

QUE NE PEUT PENETRER NUL AUTRE.

 

 

Le Colvert, Baudienville, Juin 2018.

 

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15 mai 2018

LE CHAT QUI AVAIT PERDU SON RONRON.

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°26 NS

LE CHAT QUI AVAIT PERDU SON RONRON.

 

Il s'en était aperçu un soir au moment d'aller au lit et pensa  en parler le lendemain à son vieux copain Hector, le coq.  Celui-ci était le patron absolu de la basse-cour, seul le couple de colverts échappait à son autorité. La nuit d'avant, le chat avait déjà eu un doute. Rien, aucun son ne sortait plus de sa gorge sauf des miaous pitoyables d'anxiété. Cette nuit-là, comme toutes les nuits depuis qu'il était arrivé dans cette jolie maison aux maîtres plus que gentils, le chat s'était glissé sous la couette dès les lampes de chevets éteintes, s'était installé entre ses "parents adoptifs", entièrement étiré de ses pattes avant jusqu'au bout de sa queue, allongé le long de leurs corps presqu'endormis. Et comme d'habitude il avait voulu participer à leur plongeon dans le pays de rêves avec un doux et profond ronron. Mais aucun son n'était sorti de son larynx dont il avait contracté en vain les muscles pour animer ses cordes vocales. "Alors pas de concert ce soir ?" fut le dernier mot, accompagné d'une caresse douce et bienfaisante, qu'il entendit avant de s'endormir silencieusement. L'homme, aux côtés duquel le chat était couché, se mit à ronfler bientôt. Mais ni lui, ni le chien, qui ronflait aussi, ne pouvaient être les voleurs qui lui avaient subtilisé  son ronron de petit fauve. Car le perdre, bêtement sans raison ni laryngite, était inimaginable

Après le lever et comme tous les matins, le chat se frotta aux jambes de ses maîtres, attendant sa coupelle de bon lait tiède arrivé en direct de la ferme voisine. Et malgré tout son bon vouloir et ses efforts aucun ronron n'était audible. Une fois dans le jardin, le chat se rendit directement au poulailler pour une entrevue avec Hector qui se reposait de ses cocoricos matinaux  annonçant une autre belle journée. Le chat lui exposa son problème, le coq écoutait et se grattait de temps en temps la tête avec sa patte droite, signe d'extrême concentration chez ces volatiles. Une poule curieuse dit au chat: "Croque des cacahuètes, c'est le même bruit, on n'y verra que du feu!" avant de s'éloigner en caquetant vers ses copines. Ayant réfléchi longuement, le coq émit un tonitruant "cocorico", et se tournant vers le chat,  parla ainsi:

"Bien que tu sois le premier à me parler de ce genre de problème, je peux te dire que j'en ai entendu causer par les messages transportés via nos   cocoricos que  je capte tous les matins et dans les cas graves à n'importe quelle heure de la journée. J'ai transmis à l'instant même ton problème et notre réseau va t'aider. On m'a signalé une espèce de "tron, tron, tron" qui parvient de la voie ferrée pas loin. Cela devrait peut-être aller!"

Le chat s'y rendit rapidement, sachant parfaitement où  aller, car c'est de là que parvenaient régulièrement, jusqu'à ses oreilles à l'ouïe très développée, des bruits infernaux qui empêchaient toute la maisonnée de dormir. Une fois sur place où une dinde savante l'attendait, le chat dut attendre le passage du prochain train et attraper au vol les "tron-tron-tron" de ce dernier et dont la dinde se faisait fort de retirer la première lettre pour que tout rentre dans l'ordre. Hélas, le train qui passa par-là, passa trop vite,  avec un bruit continu, comme un sifflement, qui n'avait rien à voir avec son "ronron" naturel. Raté ! C'était un T.G.V. et pas une vieille locomotive à charbon, et, qui plus est, sur des rails neufs! Siffler comme un oiseau ? Pour un chat ce n'est pas sérieux. Pendant qu'on y est,  pourquoi pas aller voir les abeilles du voisin, leur "bzzzz" c'est pas du ronron non plus!

Déçu, le chat remercia quand même la dinde savante. Savante une dinde? Tu parles! Cependant elle lui glissa à l'oreille d'aller voir une de ses copines, une lapine qui vivait aux abords d'un aéroport pas très éloigné. Il s'y rendit sans attendre et le temps de faire le tour de l'aérogare dans un bruit infernal, trouva enfin la lapine dans son terrier, au milieu des pistes et d'où, en fait, elle ne sortait que peu. Elle s'y refugiait  à chaque décollage et atterrissage pour se boucher, en les repliant, ses longues oreilles et ne pas se faire aspirer par le souffle d'air des réacteurs. Au courant du problème, la lapine expliqua au chat qu'un seul type d'appareil pouvait éventuellement convenir et ceci uniquement lorsque l'avion se posait. Le bruit des moteurs se fait alors plus doux qu'au décollage. Ronron des réacteurs! Etait-ce le bon bruit ?  Une fois l'Airbus 380 posé, le chat pensa que ce n'était pas trop mal, mais ce bruit continu n'endormirait jamais son maitre à condition toutefois qu'il arrive à l'imiter! Et ne dit-on pas "ronfler comme un avion ou, plutôt comme une locomotive"? Ronfler ou ronronner, c'est toujours en deux tons "in-out". Le chat n'était pas entièrement satisfait et, en voyant sa triste mine, la lapine lui conseilla de faire un tour près de la grande usine où l'on fabriquait de belles automobiles, silencieuses et hybrides.

Le chat s'y rendit en peu de temps et constata, que sur la piste des essais, les autos ne faisaient pas grand bruit. Il se dit qu'un ronron qui se respecte, ne pouvait être silencieux. Ensuite il pensa à son jeune maitre qui allait encore à l'école. Avec ses copains, ils ne respectaient déjà pas tous les jours les feux de signalisation et si en plus les voitures ne faisaient plus aucun bruit, alors là, attention au grabuge! Il observa néanmoins bien tout ce qui se passait dans cette grande fabrique. Le chat avait repéré une jolie voiture dont le moteur était en marche. Celui-ci tournait rond, ni trop fort, ni trop doucement, avec quelques poussées de ses décibels jusqu'à 50 dB, bien trop fort pour s'endormir. Le chat se dit qu'il fallait rester dans la moyenne entre 15 et 25 dB, intensité de bruit normal pour ses oreilles et celles de ceux qu'il avait pris l'habitude d'aider à s'endormir avec son ronron. Bonne conclusion mais où était-il ce fichu ronron? Non, décidemment rien à pêcher du côté de chez "Royce-Roll"! Pourquoi alors les petits enfants s'endorment-ils dès que l'auto commence à rouler et, qui plus est, sans ron-ron?

Le chat laissa l'usine derrière lui et était un peu désappointé de n'avoir été accueilli par aucun membre du réseaux d'Hector. Il avisa un grand poulailler  sur un chemin de terre et y alla de son pas souple de félin,  en silence. Heureusement, il y avait là un magnifique coq qui, le voyant arriver, lui dit: " Ton ami Hector s'excuse de t'avoir laissé seul à l'usine automobile car nous avons subi un bug dans nos transmissions mais maintenant tout est rétabli. Hector te fait dire d'aller directement au grand bâtiment que l'on aperçoit d'ici, le bleu là-bas, on y fabrique de l'électroménager pas trop bruyant. On raconte que ça ronronne pas mal dans le coin!"

Le chat, un peu fatigué et très affamé, décida de s'autoriser une courte halte, le temps d'attraper un bon mulot des champs pour son déjeuner puis faire une courte sieste. Environ une heure plus tard, il se remit en route, direction "Whirlpâle"!  Le chat visita très minutieusement tous les ateliers, s'attarda devant chaque appareil que lui montra "Pucealoreille", le chat du comité d'entreprise, après lui avoir souhaité la bienvenue du haut de l'escalier d'honneur de l'entrée principale. Un four (trop silencieux) par ici, un lave-linge (bien trop bruyant à l'essorage) par là et encore tant d'autres, certains au bruit agréable (fer à repasser avec un jet de baleine à chaque respiration), d'autres effrayants (tourne broche au grincement d'une chaîne, lave vaisselle avec bien trop d'eau pour un chat, micro-ondes aux "cling-clings" incessants), etc. etc. Au dernier robot-coupeur-mixeur-cuiseur, pris de tournis, le chat sauta par la première fenêtre ouverte et s'enfuit à toutes pattes, tout droit à travers champs, en direction du petit bois qu'il voyait là-bas.

Ouf ! Il s'allongea sur un coussin de mousse bien rembourré et s'endormit tout de suite, gardant les oreilles en alerte de tout danger imprévu.

Le chat s'éveilla au bout d'un moment, bien reposé, un peu de stretching et hop, il ouvrit les yeux. Mais là une surprise l'attendait! Il était entouré d'elfes, de fées gentilles, de nombreux nains vraiment tout petits mais grands travailleurs, d'une bande de lutins, de faunes inoffensifs, d'esprits malins de la forêt  très farceurs et même quelques vieux gnomes barbus et trolls ronchons mais pas méchants. Tous étaient arrivés très silencieusement et avaient aussi réussi à tromper son odorat. Le chat s'assit sur son coussin vert, on fit silence autour de lui  et le plus ancien des trolls lui demanda ce qu'il faisait là, juste à l'endroit où se tenait la réunion hebdomadaire de tous les habitants et copropriétaires de la forêt.

Le chat s'excusa du dérangement causé et plaida l'ignorance quant à l'endroit choisi pour se reposer après un long et difficile parcours à la recherche de son ronron perdu. Tout de suite les visages se firent plus amicaux et deux fées, se détachant de la foule, vinrent vers lui pour le consoler et lui dire que tout allait rentrer dans l'ordre. Le chat n'osait y croire, ronronner à nouveau, tout allait redevenir comme avant, les moteurs divers ne seraient plus qu'un mauvais souvenir et plus question d'aller écouter les tuck-tucks pétaradants dans un pays lointain aux gens enturbannés!

Tous ces merveilleux habitants du bois firent cercle autour du chat, chantèrent des airs parlant de mûres et de fraises, de champignons et des couleurs somptueuses des feuilles à l'automne. Les fées passèrent leur baguette magique autour du cou du chat à tour de rôle et chacune, à son tour, récita quelques incantations afin de chasser le mauvais esprit "off" qui avait pris possession de la gorge du chat  et pour  y réintroduire celui qu'on appelait l'esprit "on". Des écureuils volants sautaient de branche en branche et les elfes exécutèrent un ballet silencieux autour du chat. La cérémonie prit fin sur un essai, très concluant, du nouveau ronron dans lequel le chat mit tout son coeur et l'ensemble de ses cordes vocales. Il fut magnifique ce ronron victorieux, transmettant à tous ses nouveaux amis de la forêt ses remerciements les plus chaleureux et sincères.

Mais c'est pas tout ça! Qui fera s'endormir mes maitres, se dit le chat et après un dernier miaou qui voulait dire merci, il reprit dignement la route du retour, la queue bien droite et haute. Lentement d'abord puis de plus en plus vite une fois hors de portée de la vue des peuples forestiers.

En route, le chat n'avait qu'une seule idée en tête: "Vite, vite, ce soir je dormirai dans un bon lit, entre mes deux "radiateurs humains" et sous la couette. Le rêve, quoi! Mais aussi je leur servirai un de mes ronrons de compétition! Le nouveau ronron est arrivé! Alors ils diront que c'était bien que je sois revenu entier,  tout en ignorant tout de ma quête pour retrouver mon ronron. Avant de s'endormir, l'homme qui me caressera alors, dira, en plaisantant, qu'il était heureux que je n'aie pas perdu mon ronron en route!  "S'il savait! Allez, bonne nuit!"

 

 

 

LE RONRON DU TRANSPORT

FAIT QUE L'ENFANT S'ENDORT

MAIS REVEILLE LE CHAT

QUI N'AIME PAS CA!

 

 

 

Le Colvert, Baudienville, Mai 2018.

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18 avril 2018

LA CITE ENGLOUTIE.

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°25 NS

 

LA CITE ENGLOUTIE.

 

Il y avait une fois, dans un pays lointain, une superbe ville entourée de murailles très hautes, aux maisons à colonnades sculptées avec art et aux jardins enchantés. Les rues étaient ombragées par toutes sortes d'arbres centenaires. Il y avait plusieurs stades  et un théâtre de plein air. En son milieu trônait un splendide palais aux tourelles multiples et aux salons immenses, décorés richement. Puis vint le jour, qui à son lever, vit la terre s'entrouvrir et la mer engloutir toute cette merveille architecturale. Le palais, les murailles et les maisons, les jardins et tous les habitants disparurent comme par enchantement sous les flots. Le soir, à l'heure du coucher du soleil, il ne restait à la place de la ville, qu'un océan  calme. Aussi loin que le regard pouvait porter, on ne voyait que de l'eau, surmontée de vaguelettes innocentes qui donnaient l'impression de vouloir se faire pardonner l'appétit féroce de leur mère, la mer. De l'horizon, les contours des tours et maisons avaient disparu laissant la place à une ligne plate sans aucun obstacle.

Bien entendu, et très malheureusement, tous les humains périrent lors de ce chamboulement de la croute terrestre. Ils servirent de repas à tous les carnivores sous-marins, crabes et crevettes, poissons petits, moyens et grands, plantes carnivores. Et pour les esprits malveillants et autres monstres marins affamés, ce fut un festin inespéré! Les noyés accidentels se faisaient si rares!

De leurs ossements, de par la volonté de Poséidon, dieu et empereur de tous les océans et mers, naquirent des millions de tritons qui repeuplèrent très vite la cité engloutie. Parmi eux, les plus vaillants furent enrôlés comme défenseurs de leur ville et formèrent bientôt une formidable armée. Les déplacements se firent à dos des "chevaux de mer" et l'élevage de ces élégants hippocampes fut rapidement intense. Car le danger rôdait!

En effet la cité avait été rapidement engloutie par l'eau, entrainée par la  lourdeur des pierres  avec lesquelles elle avait été construite mais surtout par le poids de son fabuleux trésor. Sous le grand donjon du palais se trouvait la salle-coffre-fort  qui contenait des tonnes de lingots d'or le plus fin, des millions de pierres précieuses de toutes sortes et toutes tailles, des bijoux fabuleux et des objets décoratifs incrustés de rubis, de diamants, d'émeraudes sans parler des nombreux tonneaux remplis de perles les plus rares. Pour elles c'était le retour dans leur milieu d'origine!

La ville engloutie et ses richesses faisaient des envieux parmi toutes les espèces malveillantes qui peuplaient les abysses marines comme les   serpents venimeux, les poulpes gluants,  les énormes crustacés voraces comme les araignées de mer, les poissons poilus, hirsutes, horriblement moches, les requins aux dents longues, les escargots de courses belliqueux et nombre de bactéries hideuses et de microbes géants à six yeux.

Tout ce joli monde, sans ou avec arêtes, qui habitait en dehors de la ville, banlieue sauvage, était jaloux et réclamait sa part! Alors, un jour, sans tenir compte des moyens de défense de la cité engloutie et de son armée, ces scélérats ont enfourché leurs hippocampes bedonnants pour attaquer. Mais les guetteurs de la ville, du  haut des tourelles, les avaient vu venir. L'alarme  fut sonnée aussitôt. Les tritons à cheval sur leurs jolis hippocampes dorés, bien plus rapides que les "bedonnants", ont lancé une contre-attaque au son des conques, sortant de leur ville, pour tailler en pièces et autres mille morceaux les assaillants. La bataille fut rude et tous les coups permis.

Les tritons, vaillants combattants surentraînés, coupèrent en rondelles les tentacules des calamars, défoncèrent les carapaces des crustacés à pinces et méchants, crevèrent les yeux aux microbes et enfermèrent les bactéries dans des prisons en verre en forme de tubes, impossible à escalader. Aux araignées ils confisquèrent leurs toiles, les escargots furent expropriés de leur maison, les serpents venimeux pendus par leurs crocs. Les poissons furent rasés et édentés et tous les attaquants poussés  dans une fosse commune la plus profonde de l'océan, là où l'eau bout tout au fond, lieu de contact entre la mer et du foyer central de la terre. Quelle soupe d'enfer ! Quelle bouillabaisse !

De retour en ville les valeureux défenseurs furent vivement acclamés et autorisés à retirer du trésor commun suffisamment de perles afin d'offrir un magnifique collier chatoyant à leurs épouses et filles. Les jolis hippocampes dorés, très applaudis, reçurent double ration de plancton. Une police municipale fut mise en place qui patrouillait nuit et jour sur des chevaux de mer dotés de gyrophares rouges, pour assurer la sécurité et le calme des habitants.

Ainsi  la cité engloutie reprenait doucement vie. Les commerces, fermés pour cause de guerre, rouvrirent leurs portes,  le grand théâtre en pleine-eau affichait complet à chaque représentation. Ballets féeriques d'étoiles de mer ou de méduses translucides, concerts des joueurs de conques, jeux d'adresse entre écrevisses et langoustines, se succédèrent tous les soirs ainsi que tant d'autres attractions que l'on ne peut rencontrer que dans le monde de Némo. La sécurité des spectacles était assurée par une escouade de murènes spécialement entrainées et, tout à la fin, les seiches tirèrent le rideau, noir comme l'encre, sur cette vie trépidante  sous-marine, inimaginable même pour les plus vieux loups de mer!

 

 

 

VIS SANS ENVIE

DU BIEN D'AUTRUI,

SINON TU SERAS PUNI.

 

 

 

Le Colvert, Baudienville, Avril 2018.

 

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03 avril 2018

UNE LIVRAISON URGENTE.

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°24 NS

UNE LIVRAISON URGENTE.

 

Notre conte commence par une belle journée d'été vers midi, un dimanche, le soleil au zénith. La nature et les hommes étaient calmes et semblaient déjà assoupis bien avant l'heure de la sieste. Pas la moindre bise pour chatouiller les feuilles de la cime des arbres proches. Calme plat et silence absolu régnaient en maîtres. Le bruit des cloches de l'église s'était évanoui dans l'air épais de cette journée qui semblait  vouée à un bonheur silencieux enveloppant de sa torpeur tout être vivant.

C'est alors que retentit la sonnerie stridente, féroce, d'un téléphone. Le charme était rompu, le silence ambiant comme déchiré avec violence.

"Allo! Ici les transports rapides La Cigogne" répondit une voix claquante comme un bruit de castagnettes ou sortant d'un dentier mal fixé.

"Venez vite au centre de tri. Il y a un colis urgent à livrer par vous qui êtes de garde ce dimanche."

Adieu l'après-midi tranquille à errer dans les marais, pensa la directrice de l'entreprise de transports. J'avais pourtant prévu cette promenade avec, par-ci par-là  comme dessert, une bonne petite grenouille verte: petits fours préférés d'une cigogne!

"J'arrive" fut sa réponse, elle raccrocha et s'envola aussitôt, s'élevant vers le ciel bleu privé de nuages, pour atteindre la bonne altitude pour son vol avec une visibilité parfaite.

Elle se posa peu de temps après, signala sa présence et reçut le colis à livrer. C'était un sac de voyage spécialement conçu pour le transport aérien. Il était lourd et sur la fiche d'expédition il était noté: "Urgent, jumelles vivantes" en plus de l'adresse. Eh ben, me voilà bien, pensa-t-elle!

Le sac, joliment décoré d'un tissu à carreaux roses,  était très lourd. Une fois les lanières de sécurité fixées, les anses autour de son long bec, elle tenta de décoller. Ce fut laborieux. Il lui fallut beaucoup d'énergie et de nombreux coups d'ailes pour arriver à son altitude de croisière. Elle planait aidée par des vents arrières mais le colis pesait de plus en plus lourd. Puis des turbulences se firent jour. Un peu plus loin un trou d'air la happa. Alors elle entama une descente, presque à la verticale, pour un atterrissage d'urgence.

Son S.O.S. avait été entendu. Au sol de nombreux volontaires étaient rassemblés pour aider. Des dizaines d'oies sauvages s'étaient posées et avaient préparé un abri fait de plumes pour accueillir les naufragés du ciel. En déposant, sain et sauf, son colis, la transporteuse constata la présence d'un troll barbu et souriant. "Je suis le médecin de ma tribu vivant dans la forêt située un peu plus loin. J'ai capté sur ma radio amateur votre appel au secours et suis venu directement ici, guidé par un lutin forestier, puis accueilli par vos amies les oies."

Le docteur Troll ausculta la cargaison et constata que tout allait fort bien à l'intérieur du grand sac de voyage rose. Les bébés étaient bien roses aussi, leur rythme cardiaque parfait et ils tétaient avec un plaisir évident, la nounou spécialement convoquée pour l'occasion, une vache normande.

Après une nuit de repos, la responsable du transport, voulut s'envoler de bonne heure. "Oui", lui dirent les oies. "Mais nous t'accompagnons! Et ceci n'est pas négociable" ajoutèrent-elles devant les protestations de celle à qui avait été confié ce colis précieux. C'est une véritable caravane aérienne qui bientôt se mit en branle et prit l'air au son du doux bruissement des ailes plumées. Les oies entourèrent le sac de transport et celle qui le tenait. A la moindre faiblesse, au premier signe de ralentissement de son vol, une oie prenait le relais pour porter à son tour ce fardeau et d'autres se mettaient sous les ailes de la transporteuse pour lui redonner courage et la soutenir. Un vol de canards colvert caquetants s'était joint à ce transport urgent. Ils serviraient d'éclaireurs au convoi aérien.

Et cela se passa bien jusqu'à proximité de l'adresse de livraison. Là, en effet, quatre buses féroces attaquèrent en piqué le convoi pour s'emparer des deux bébés et en faire un festin! Mais les oies qui en avaient vu d'autres, notamment en assurant la sécurité du Capitole, palais dans un pays lointain, nullement intimidées, ne se laissèrent pas faire et mirent les assaillants en fuite. Et comment cela? En arrachant un maximum de plumes aux ailes des buses au point que ces dernières ont dû se poser et elles ressemblaient maintenant, là-bas en-bas, plus à des poulets inoffensifs  qu'à de méchantes guerrières.

Le convoi aérien arriva enfin à destination. La transporteuse se posa sur le toit de la maison afin de vérifier que la cheminée avait été soigneusement ramonée. C'était le cas. A l'aide des lanières de fixation de son sac de voyage elle fit doucement descendre son colis dans le conduit et elle se dit : "Tiens, le père Noël n'est pas le seul à emprunter cet itinéraire!"

Les oies firent une ronde silencieuse autour de la maison. Toutes, la cigogne transporteuse et ses copines, étaient heureuses d'avoir mené à bonne fin cette mission pas comme les autres. Les colverts, incapables de tenir leur bec,  cancanaient à qui mieux-mieux!

Dans la maison retentirent les premiers pleurs motivés par la faim. "Enfin vous voilà !" s'écria le papa qui veillait son épouse depuis des mois. "Comme elles sont belles !" s'exclama celle-ci, heureuse, comblée et toute à sa joie de la première tétée, une petite tête blonde à la bouche vorace à chaque mamelon, source du bon lait maternel.

 

 

 

PEU IMPORTE LE MOYEN DE TRANSPORT

L'ESSENTIEL EST D'ARRIVER A BON PORT.

 

Le Colvert, Baudienville, Mars 2018.

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01 mars 2018

LE VIEIL HOMME ET LE CHAT ROUX.

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°23 NS

 

LE VIEIL HOMME ET LE CHAT ROUX.

 

Ce jour là, l'attention du vieil homme, lors de sa promenade quotidienne en lisière de forêt, fut attirée par un miaulement fatigué, une sorte de plainte. Cela sonnait comme un appel au secours. Avec précaution, il s'approcha de l'endroit d'où semblaient émaner ces bruits et, avec sa canne, écarta délicatement les broussailles, pour mieux se rendre compte de la situation. Un joli chat roux aux yeux orange s'agrippait avec ses pattes avant sur le sol, pendant que l'arrière train de l'animal semblait s'enfoncer en terre, comme tiré en arrière par une force invisible. Le vieil homme se baissa tout en gardant sa canne à portée de  main. Il saisit le chat en dessous de ses pattes et, joignant ses efforts à ceux de l'animal, se mit à le tirer vers lui  pour le libérer et le ramener tout entier sur  terre. Malgré la force que le vieil homme déployait, l'affaire ne semblait pas  gagnée. Avec une de ses mains il creusa la terre autour de la partie du corps du chat déjà enfouie et sentit immédiatement une force inconnue entourer sa main et l'attirer vers le sol et probablement encore plus bas. Là, c'est trop, se dit le vieil homme qui, au cours de sa vie et de ses voyages autour du monde, en avait vu d'autres!

Avec sa canne il donna des coups violents sur le sol autour du chat  pour faire lâcher prise à ce qui semblait être une force inconnue, encore cachée,  surgie des entrailles de la terre. Une vipère ondulait en fuyant. Il fallut aux deux, le vieil homme et le chat roux, beaucoup de force et de constance pour enfin sentir une sorte de relâchement dans les efforts  d'enfouir le chat roux sous terre. Puis le vieil homme réussit à saisir le chat à pleines mains et le délivrer de cette attraction étrange dont l'origine n'était pas encore élucidée.  Le vieil homme mit le chat roux en sécurité sur ses épaules et avec sa canne continua de frapper furieusement la terre à l'endroit d'où il avait réussi à sortir l'animal du sol. Alors la terre se mit à frissonner puis à trembler comme une soupe épaisse qui bout sur un feu trop fort, telles les bulles d'un magma volcanique. Une véritable éruption se produisit, faisant voler cailloux et mottes de terre. Il fallu battre en retraite! Là un gros arbre! Le vieil homme et le chat roux se cachèrent derrière son tronc,  tout en surveillant cet événement curieux et inhabituel. Et tout à coup, une créature aux yeux de feu, noire, gluante et hideuse apparut et en ricanant leur dit d'une voix caverneuse qu'elle se vengerait bientôt d'avoir été privée de son repas. Elle se secoua déversant autour d'elle de grosses gouttes noires comme l'encre d'une seiche, gluantes comme un sirop trop visqueux.  Puis elle disparut sous terre, refermant soigneusement le cratère produit plus tôt  et supprimant toute trace de sa venue à la surface du sol.

Le vieil homme fit descendre le chat roux de ses épaules, le prit dans ses bras pour le caresser et lui parler doucement, le rassurer d'une voix douce. "L'incident est clos"  dit-il au chat, et maintenant  à la maison pour un remontant bien mérité et une coupelle de lait tiède pour son nouveau compagnon.

En regardant de plus près, le vieil homme s'aperçut, que le chat qu'il avait tiré des griffes du monstre, était magnifique. Une vue d'ensemble de l'animal donnait l'impression  d'une boule sépia avec des arabesques plus claires qui dessinaient le contour de ses pattes et une queue striée horizontalement, tantôt claire, tantôt plus sombre, depuis sa base et jusqu'au bout.  Ses yeux, au regard intense, étaient d'or, pareils à deux gouttes de ce précieux métal en fusion.

Le joli chat roux commença à ronronner et se frotter aux mains du vieil homme. Remerciements ? Contentement d'être à nouveau sain et sauf ? Evacuation de sa peur et de son stress ? Ne cherchons plus, il devait, tout simplement, être heureux et profiter de la situation actuelle. Le panier, mis là par son nouveau maître, près de la cheminée, était confortable et douillet et il ne fallut qu'une nuit pour qu'il ait le droit de dormir, allongé de tout son long, contre le vieil homme, sous la couette! Adieu rhumatismes et vieilles douleurs!

Plusieurs mois se passèrent ainsi d'une vie tranquille, ponctuée d'une bonne nourriture et d'une bonne dose de caresses tous les jours. Le chat roux et le vieil homme vivaient heureux ensemble et avaient presque oublié l'origine de leur rencontre, transformée depuis, en une vie commune faite d'amour et de respect de l'autre.

Un jour pourtant et sans prévenir, la bête hideuse se rappela à leurs bons souvenirs. A l'heure où le soleil couchant envoyait à ras de terre, à travers les haies, ses derniers rayons, avant de laisser sa place à un monde incertain, sombre et inquiétant, elle se manifesta. En écartant légèrement le voilage de la fenêtre de la cuisine, le vieil homme remarqua un remue ménage pas commun, juste sous la surface de la terre. Celle-ci se soulevait par endroits ne respectant rien, ni parterres fleuris, ni pelouse et encore moins le potager où les racines blanches des divers légumes semblaient demander à retourner à leur position initiale. Une taupe, pensa instinctivement le vieil homme mais à plusieurs endroits à la fois, ce n'est plus une taupe mais un régiment entier! Puis il remarqua que tout ce chamboulement formait un véritable cercle autour de la maison. Le faible éclairage du jour déclinant, lui permit  cependant  d'entrevoir, par ci par là, des formes ondulantes et noires avec des yeux rouges qui perçaient la nuit en approche. Ca y est, se dit le vieil homme, l'heure de la vengeance du monstre, qui voulait manger mon chat roux, a sonné. Il en reçut confirmation en voyant ce dernier tremblant et miaulant, chercher où se cacher.

Avec son courage habituel et sa détermination, encore intacte malgré les années encaissées, le vieil homme se rendit très vite dans son garage pour prendre un gros bidon d'essence normalement destinée à la tondeuse. Très rapidement il sortit versant l'essence sur les monticules de terre formés par le ou les monstres qu'il avait bien reconnus. Deux ou trois bidons d'huile de vidange complétèrent la ligne de défense et hop, il y mit le feu. Enfin il regagna sa maison en courant et appela les pompiers.

Les flammes dessinaient des arabesques d'enfer tout autour de la maison avec l'envie évidente de lécher le ciel. On percevait nettement des cris et des plaintes venant du brasier. Les monstres tentèrent de s'échapper mais le feu faisait bombance d'eux. Bientôt une grande chaleur entourait la maison et une odeur de pétrole brûlé se répandit alentour. Le vieil homme avait pris son minet rouquin dans les bras mais avait du mal à le calmer tant sa peur était grande et profonde. Justifiée, pensa l'homme.

Le camion des soldats du feu arriva sur ces entrefaits  et avec leurs lances puissantes, les pompiers mirent fin au spectacle nocturne qui n'avait rien d'un joyeux feu d'artifice. De la terre ils retirèrent des galettes noires comme celles que l'on trouve sur les plages après le naufrage d'un pétrolier. La marée noire, de nuit, dans mon jardin, se dit le vieil homme en espérant que ces amalgames sombres et gluants soient les restes des monstres, réduits en combustible et voués à l'enfer pour alimenter ses feux permanents.

Une fois les pompiers, qui avaient tout fait pour sauvegarder la maison de la moindre étincelle, partis, le vieil homme et le chat roux, après un dernier remontant, se couchèrent et côte à côte s'endormirent très vite. Mais un peu plus tard le monstre était toujours présent sous forme de cauchemars et de mauvais rêves. La nuit fut agitée et c'est seulement sur le petit matin que le vieil homme se rendormit d'un profond sommeil plus calme.

A son réveil, le soleil étant déjà haut le vieil homme pensa aux dégâts causés la veille au soir et à l'énorme travail qui l'attendait. Entre la peinture des façades, les allées du jardin, la pelouse complètement piétinée, sans fleurs ni légumes, il en aurait pour des semaines à tout remettre en ordre. Avec un soupir il tâta son lit autour de lui et surprise...le chat roux n'y était plus. Où était-il passé?  Dehors ? Il va rentrer dans un état ! Le vieil homme se leva, enfila sa robe de chambre et s'approcha de la fenêtre en s'attendant au pire,  son jardin avait dû être  transformé en champ de bataille.

Mais en écartant les rideaux il ne le reconnut pas tout de suite. En regardant de plus près il remarqua que la pelouse avait déjà repoussé, les fleurs s'ouvraient au soleil, la barrière noircie par les flammes était à nouveau d'un joli vert clair et comme neuve, les murs de la maison ne portaient aucune trace noire de fumée...Tout lui sembla parfaitement en ordre et... plus beau qu'avant! Mais comment était-ce possible ? Encore un rêve! Agréable celui-ci!

En regardant à nouveau il vit enfin son chat roux assis sur une pierre décorative assez haute gesticulant avec ses pattes avant, battant  le cailloux avec sa queue et miaulant à tout va! On dirait qu'il donne des ordres à des ouvriers invisibles, se dit le vieil homme, et il vit effectivement bouger un pot de fleurs par ici, une touffe de fleurs se faire planter là-bas sans aucune intervention visible de mains humaines.

Rapidement habillé le vieil homme sortit dans le jardin rejoindre son chat roux. "Mais qu'est ce qu'il se passe ici? Comment est-ce possible?" demanda-t-il au chat. Celui-ci lui sauta immédiatement dans les bras et tout en ronronnant tout près de son oreille, le vieil homme sembla comprendre ce que lui disait son chat roux : " Tu as été bon pour moi, mais pas seulement, pour les fourmis aussi! Elles ne pouvaient plus vivre avec les très nombreux monstres visqueux qui envahissaient leurs maisons, les fourmilières, sous terre. Des tribus entières ont péri collées à eux puis léchées jusqu'à la dernière d'entre elles. C'était l'enfer pour les fourmis, ces petites bêtes courageuses et tous leurs copains qui vivent sous terre hors de portée de notre vue. Alors aujourd'hui elles sont contentes. Une fourmi est venue me trouver sous la couette cette nuit pour me raconter ce qu'elles avaient commencé à faire dehors dès que tout fut éteint et la terre encore trempée. Mais elles ne savaient plus les emplacements exacts des choses. La reine des fourmis a envoyé une messagère au pays des lutins pour leur demander leur aide. Et voilà ce que ça donne !!! Miaou."

Le vieil homme, pourtant un dur à cuire, avait les larmes aux yeux en serrant fort son chat roux contre sa poitrine. Celui-ci, gentiment, lécha ces gouttes, irisées par le soleil, sur les joues râpeuses du vieil homme. Ils regagnèrent tous deux  leur maison non sans avoir remercié chaleureusement cette foule active, invisible pour le vieil homme, mais distinguée parfaitement par les fentes noires de ses pupilles entourées des iris d'or du chat roux.

 

 

LES MAUVAISES RENCONTRES

SONT LES ALEAS DE LA VIE.

A SURMONTER SANS PEUR NI CRIS

EN VENANT A LEUR ENCONTRE.

 

 

 

 

Le Colvert, Baudienville, février 2018.

 

 

 

 

 

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°23 NS

 

LE VIEIL HOMME ET LE CHAT ROUX.

 

Ce jour là, l'attention du vieil homme, lors de sa promenade quotidienne en lisière de forêt, fut attirée par un miaulement fatigué, une sorte de plainte. Cela sonnait comme un appel au secours. Avec précaution, il s'approcha de l'endroit d'où semblaient émaner ces bruits et, avec sa canne, écarta délicatement les broussailles, pour mieux se rendre compte de la situation. Un joli chat roux aux yeux orange s'agrippait avec ses pattes avant sur le sol, pendant que l'arrière train de l'animal semblait s'enfoncer en terre, comme tiré en arrière par une force invisible. Le vieil homme se baissa tout en gardant sa canne à portée de  main. Il saisit le chat en dessous de ses pattes et, joignant ses efforts à ceux de l'animal, se mit à le tirer vers lui  pour le libérer et le ramener tout entier sur  terre. Malgré la force que le vieil homme déployait, l'affaire ne semblait pas  gagnée. Avec une de ses mains il creusa la terre autour de la partie du corps du chat déjà enfouie et sentit immédiatement une force inconnue entourer sa main et l'attirer vers le sol et probablement encore plus bas. Là, c'est trop, se dit le vieil homme qui, au cours de sa vie et de ses voyages autour du monde, en avait vu d'autres!

Avec sa canne il donna des coups violents sur le sol autour du chat  pour faire lâcher prise à ce qui semblait être une force inconnue, encore cachée,  surgie des entrailles de la terre. Une vipère ondulait en fuyant. Il fallut aux deux, le vieil homme et le chat roux, beaucoup de force et de constance pour enfin sentir une sorte de relâchement dans les efforts  d'enfouir le chat roux sous terre. Puis le vieil homme réussit à saisir le chat à pleines mains et le délivrer de cette attraction étrange dont l'origine n'était pas encore élucidée.  Le vieil homme mit le chat roux en sécurité sur ses épaules et avec sa canne continua de frapper furieusement la terre à l'endroit d'où il avait réussi à sortir l'animal du sol. Alors la terre se mit à frissonner puis à trembler comme une soupe épaisse qui bout sur un feu trop fort, telles les bulles d'un magma volcanique. Une véritable éruption se produisit, faisant voler cailloux et mottes de terre. Il fallu battre en retraite! Là un gros arbre! Le vieil homme et le chat roux se cachèrent derrière son tronc,  tout en surveillant cet événement curieux et inhabituel. Et tout à coup, une créature aux yeux de feu, noire, gluante et hideuse apparut et en ricanant leur dit d'une voix caverneuse qu'elle se vengerait bientôt d'avoir été privée de son repas. Elle se secoua déversant autour d'elle de grosses gouttes noires comme l'encre d'une seiche, gluantes comme un sirop trop visqueux.  Puis elle disparut sous terre, refermant soigneusement le cratère produit plus tôt  et supprimant toute trace de sa venue à la surface du sol.

Le vieil homme fit descendre le chat roux de ses épaules, le prit dans ses bras pour le caresser et lui parler doucement, le rassurer d'une voix douce. "L'incident est clos"  dit-il au chat, et maintenant  à la maison pour un remontant bien mérité et une coupelle de lait tiède pour son nouveau compagnon.

En regardant de plus près, le vieil homme s'aperçut, que le chat qu'il avait tiré des griffes du monstre, était magnifique. Une vue d'ensemble de l'animal donnait l'impression  d'une boule sépia avec des arabesques plus claires qui dessinaient le contour de ses pattes et une queue striée horizontalement, tantôt claire, tantôt plus sombre, depuis sa base et jusqu'au bout.  Ses yeux, au regard intense, étaient d'or, pareils à deux gouttes de ce précieux métal en fusion.

Le joli chat roux commença à ronronner et se frotter aux mains du vieil homme. Remerciements ? Contentement d'être à nouveau sain et sauf ? Evacuation de sa peur et de son stress ? Ne cherchons plus, il devait, tout simplement, être heureux et profiter de la situation actuelle. Le panier, mis là par son nouveau maître, près de la cheminée, était confortable et douillet et il ne fallut qu'une nuit pour qu'il ait le droit de dormir, allongé de tout son long, contre le vieil homme, sous la couette! Adieu rhumatismes et vieilles douleurs!

Plusieurs mois se passèrent ainsi d'une vie tranquille, ponctuée d'une bonne nourriture et d'une bonne dose de caresses tous les jours. Le chat roux et le vieil homme vivaient heureux ensemble et avaient presque oublié l'origine de leur rencontre, transformée depuis, en une vie commune faite d'amour et de respect de l'autre.

Un jour pourtant et sans prévenir, la bête hideuse se rappela à leurs bons souvenirs. A l'heure où le soleil couchant envoyait à ras de terre, à travers les haies, ses derniers rayons, avant de laisser sa place à un monde incertain, sombre et inquiétant, elle se manifesta. En écartant légèrement le voilage de la fenêtre de la cuisine, le vieil homme remarqua un remue ménage pas commun, juste sous la surface de la terre. Celle-ci se soulevait par endroits ne respectant rien, ni parterres fleuris, ni pelouse et encore moins le potager où les racines blanches des divers légumes semblaient demander à retourner à leur position initiale. Une taupe, pensa instinctivement le vieil homme mais à plusieurs endroits à la fois, ce n'est plus une taupe mais un régiment entier! Puis il remarqua que tout ce chamboulement formait un véritable cercle autour de la maison. Le faible éclairage du jour déclinant, lui permit  cependant  d'entrevoir, par ci par là, des formes ondulantes et noires avec des yeux rouges qui perçaient la nuit en approche. Ca y est, se dit le vieil homme, l'heure de la vengeance du monstre, qui voulait manger mon chat roux, a sonné. Il en reçut confirmation en voyant ce dernier tremblant et miaulant, chercher où se cacher.

Avec son courage habituel et sa détermination, encore intacte malgré les années encaissées, le vieil homme se rendit très vite dans son garage pour prendre un gros bidon d'essence normalement destinée à la tondeuse. Très rapidement il sortit versant l'essence sur les monticules de terre formés par le ou les monstres qu'il avait bien reconnus. Deux ou trois bidons d'huile de vidange complétèrent la ligne de défense et hop, il y mit le feu. Enfin il regagna sa maison en courant et appela les pompiers.

Les flammes dessinaient des arabesques d'enfer tout autour de la maison avec l'envie évidente de lécher le ciel. On percevait nettement des cris et des plaintes venant du brasier. Les monstres tentèrent de s'échapper mais le feu faisait bombance d'eux. Bientôt une grande chaleur entourait la maison et une odeur de pétrole brûlé se répandit alentour. Le vieil homme avait pris son minet rouquin dans les bras mais avait du mal à le calmer tant sa peur était grande et profonde. Justifiée, pensa l'homme.

Le camion des soldats du feu arriva sur ces entrefaits  et avec leurs lances puissantes, les pompiers mirent fin au spectacle nocturne qui n'avait rien d'un joyeux feu d'artifice. De la terre ils retirèrent des galettes noires comme celles que l'on trouve sur les plages après le naufrage d'un pétrolier. La marée noire, de nuit, dans mon jardin, se dit le vieil homme en espérant que ces amalgames sombres et gluants soient les restes des monstres, réduits en combustible et voués à l'enfer pour alimenter ses feux permanents.

Une fois les pompiers, qui avaient tout fait pour sauvegarder la maison de la moindre étincelle, partis, le vieil homme et le chat roux, après un dernier remontant, se couchèrent et côte à côte s'endormirent très vite. Mais un peu plus tard le monstre était toujours présent sous forme de cauchemars et de mauvais rêves. La nuit fut agitée et c'est seulement sur le petit matin que le vieil homme se rendormit d'un profond sommeil plus calme.

A son réveil, le soleil étant déjà haut le vieil homme pensa aux dégâts causés la veille au soir et à l'énorme travail qui l'attendait. Entre la peinture des façades, les allées du jardin, la pelouse complètement piétinée, sans fleurs ni légumes, il en aurait pour des semaines à tout remettre en ordre. Avec un soupir il tâta son lit autour de lui et surprise...le chat roux n'y était plus. Où était-il passé?  Dehors ? Il va rentrer dans un état ! Le vieil homme se leva, enfila sa robe de chambre et s'approcha de la fenêtre en s'attendant au pire,  son jardin avait dû être  transformé en champ de bataille.

Mais en écartant les rideaux il ne le reconnut pas tout de suite. En regardant de plus près il remarqua que la pelouse avait déjà repoussé, les fleurs s'ouvraient au soleil, la barrière noircie par les flammes était à nouveau d'un joli vert clair et comme neuve, les murs de la maison ne portaient aucune trace noire de fumée...Tout lui sembla parfaitement en ordre et... plus beau qu'avant! Mais comment était-ce possible ? Encore un rêve! Agréable celui-ci!

En regardant à nouveau il vit enfin son chat roux assis sur une pierre décorative assez haute gesticulant avec ses pattes avant, battant  le cailloux avec sa queue et miaulant à tout va! On dirait qu'il donne des ordres à des ouvriers invisibles, se dit le vieil homme, et il vit effectivement bouger un pot de fleurs par ici, une touffe de fleurs se faire planter là-bas sans aucune intervention visible de mains humaines.

Rapidement habillé le vieil homme sortit dans le jardin rejoindre son chat roux. "Mais qu'est ce qu'il se passe ici? Comment est-ce possible?" demanda-t-il au chat. Celui-ci lui sauta immédiatement dans les bras et tout en ronronnant tout près de son oreille, le vieil homme sembla comprendre ce que lui disait son chat roux : " Tu as été bon pour moi, mais pas seulement, pour les fourmis aussi! Elles ne pouvaient plus vivre avec les très nombreux monstres visqueux qui envahissaient leurs maisons, les fourmilières, sous terre. Des tribus entières ont péri collées à eux puis léchées jusqu'à la dernière d'entre elles. C'était l'enfer pour les fourmis, ces petites bêtes courageuses et tous leurs copains qui vivent sous terre hors de portée de notre vue. Alors aujourd'hui elles sont contentes. Une fourmi est venue me trouver sous la couette cette nuit pour me raconter ce qu'elles avaient commencé à faire dehors dès que tout fut éteint et la terre encore trempée. Mais elles ne savaient plus les emplacements exacts des choses. La reine des fourmis a envoyé une messagère au pays des lutins pour leur demander leur aide. Et voilà ce que ça donne !!! Miaou."

Le vieil homme, pourtant un dur à cuire, avait les larmes aux yeux en serrant fort son chat roux contre sa poitrine. Celui-ci, gentiment, lécha ces gouttes, irisées par le soleil, sur les joues râpeuses du vieil homme. Ils regagnèrent tous deux  leur maison non sans avoir remercié chaleureusement cette foule active, invisible pour le vieil homme, mais distinguée parfaitement par les fentes noires de ses pupilles entourées des iris d'or du chat roux.

 

 

LES MAUVAISES RENCONTRES

SONT LES ALEAS DE LA VIE.

A SURMONTER SANS PEUR NI CRIS

EN VENANT A LEUR ENCONTRE.

 

 

 

 

Le Colvert, Baudienville, février 2018.

 

 

 

 

 

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