LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°23 NS

 

LE VIEIL HOMME ET LE CHAT ROUX.

 

Ce jour là, l'attention du vieil homme, lors de sa promenade quotidienne en lisière de forêt, fut attirée par un miaulement fatigué, une sorte de plainte. Cela sonnait comme un appel au secours. Avec précaution, il s'approcha de l'endroit d'où semblaient émaner ces bruits et, avec sa canne, écarta délicatement les broussailles, pour mieux se rendre compte de la situation. Un joli chat roux aux yeux orange s'agrippait avec ses pattes avant sur le sol, pendant que l'arrière train de l'animal semblait s'enfoncer en terre, comme tiré en arrière par une force invisible. Le vieil homme se baissa tout en gardant sa canne à portée de  main. Il saisit le chat en dessous de ses pattes et, joignant ses efforts à ceux de l'animal, se mit à le tirer vers lui  pour le libérer et le ramener tout entier sur  terre. Malgré la force que le vieil homme déployait, l'affaire ne semblait pas  gagnée. Avec une de ses mains il creusa la terre autour de la partie du corps du chat déjà enfouie et sentit immédiatement une force inconnue entourer sa main et l'attirer vers le sol et probablement encore plus bas. Là, c'est trop, se dit le vieil homme qui, au cours de sa vie et de ses voyages autour du monde, en avait vu d'autres!

Avec sa canne il donna des coups violents sur le sol autour du chat  pour faire lâcher prise à ce qui semblait être une force inconnue, encore cachée,  surgie des entrailles de la terre. Une vipère ondulait en fuyant. Il fallut aux deux, le vieil homme et le chat roux, beaucoup de force et de constance pour enfin sentir une sorte de relâchement dans les efforts  d'enfouir le chat roux sous terre. Puis le vieil homme réussit à saisir le chat à pleines mains et le délivrer de cette attraction étrange dont l'origine n'était pas encore élucidée.  Le vieil homme mit le chat roux en sécurité sur ses épaules et avec sa canne continua de frapper furieusement la terre à l'endroit d'où il avait réussi à sortir l'animal du sol. Alors la terre se mit à frissonner puis à trembler comme une soupe épaisse qui bout sur un feu trop fort, telles les bulles d'un magma volcanique. Une véritable éruption se produisit, faisant voler cailloux et mottes de terre. Il fallu battre en retraite! Là un gros arbre! Le vieil homme et le chat roux se cachèrent derrière son tronc,  tout en surveillant cet événement curieux et inhabituel. Et tout à coup, une créature aux yeux de feu, noire, gluante et hideuse apparut et en ricanant leur dit d'une voix caverneuse qu'elle se vengerait bientôt d'avoir été privée de son repas. Elle se secoua déversant autour d'elle de grosses gouttes noires comme l'encre d'une seiche, gluantes comme un sirop trop visqueux.  Puis elle disparut sous terre, refermant soigneusement le cratère produit plus tôt  et supprimant toute trace de sa venue à la surface du sol.

Le vieil homme fit descendre le chat roux de ses épaules, le prit dans ses bras pour le caresser et lui parler doucement, le rassurer d'une voix douce. "L'incident est clos"  dit-il au chat, et maintenant  à la maison pour un remontant bien mérité et une coupelle de lait tiède pour son nouveau compagnon.

En regardant de plus près, le vieil homme s'aperçut, que le chat qu'il avait tiré des griffes du monstre, était magnifique. Une vue d'ensemble de l'animal donnait l'impression  d'une boule sépia avec des arabesques plus claires qui dessinaient le contour de ses pattes et une queue striée horizontalement, tantôt claire, tantôt plus sombre, depuis sa base et jusqu'au bout.  Ses yeux, au regard intense, étaient d'or, pareils à deux gouttes de ce précieux métal en fusion.

Le joli chat roux commença à ronronner et se frotter aux mains du vieil homme. Remerciements ? Contentement d'être à nouveau sain et sauf ? Evacuation de sa peur et de son stress ? Ne cherchons plus, il devait, tout simplement, être heureux et profiter de la situation actuelle. Le panier, mis là par son nouveau maître, près de la cheminée, était confortable et douillet et il ne fallut qu'une nuit pour qu'il ait le droit de dormir, allongé de tout son long, contre le vieil homme, sous la couette! Adieu rhumatismes et vieilles douleurs!

Plusieurs mois se passèrent ainsi d'une vie tranquille, ponctuée d'une bonne nourriture et d'une bonne dose de caresses tous les jours. Le chat roux et le vieil homme vivaient heureux ensemble et avaient presque oublié l'origine de leur rencontre, transformée depuis, en une vie commune faite d'amour et de respect de l'autre.

Un jour pourtant et sans prévenir, la bête hideuse se rappela à leurs bons souvenirs. A l'heure où le soleil couchant envoyait à ras de terre, à travers les haies, ses derniers rayons, avant de laisser sa place à un monde incertain, sombre et inquiétant, elle se manifesta. En écartant légèrement le voilage de la fenêtre de la cuisine, le vieil homme remarqua un remue ménage pas commun, juste sous la surface de la terre. Celle-ci se soulevait par endroits ne respectant rien, ni parterres fleuris, ni pelouse et encore moins le potager où les racines blanches des divers légumes semblaient demander à retourner à leur position initiale. Une taupe, pensa instinctivement le vieil homme mais à plusieurs endroits à la fois, ce n'est plus une taupe mais un régiment entier! Puis il remarqua que tout ce chamboulement formait un véritable cercle autour de la maison. Le faible éclairage du jour déclinant, lui permit  cependant  d'entrevoir, par ci par là, des formes ondulantes et noires avec des yeux rouges qui perçaient la nuit en approche. Ca y est, se dit le vieil homme, l'heure de la vengeance du monstre, qui voulait manger mon chat roux, a sonné. Il en reçut confirmation en voyant ce dernier tremblant et miaulant, chercher où se cacher.

Avec son courage habituel et sa détermination, encore intacte malgré les années encaissées, le vieil homme se rendit très vite dans son garage pour prendre un gros bidon d'essence normalement destinée à la tondeuse. Très rapidement il sortit versant l'essence sur les monticules de terre formés par le ou les monstres qu'il avait bien reconnus. Deux ou trois bidons d'huile de vidange complétèrent la ligne de défense et hop, il y mit le feu. Enfin il regagna sa maison en courant et appela les pompiers.

Les flammes dessinaient des arabesques d'enfer tout autour de la maison avec l'envie évidente de lécher le ciel. On percevait nettement des cris et des plaintes venant du brasier. Les monstres tentèrent de s'échapper mais le feu faisait bombance d'eux. Bientôt une grande chaleur entourait la maison et une odeur de pétrole brûlé se répandit alentour. Le vieil homme avait pris son minet rouquin dans les bras mais avait du mal à le calmer tant sa peur était grande et profonde. Justifiée, pensa l'homme.

Le camion des soldats du feu arriva sur ces entrefaits  et avec leurs lances puissantes, les pompiers mirent fin au spectacle nocturne qui n'avait rien d'un joyeux feu d'artifice. De la terre ils retirèrent des galettes noires comme celles que l'on trouve sur les plages après le naufrage d'un pétrolier. La marée noire, de nuit, dans mon jardin, se dit le vieil homme en espérant que ces amalgames sombres et gluants soient les restes des monstres, réduits en combustible et voués à l'enfer pour alimenter ses feux permanents.

Une fois les pompiers, qui avaient tout fait pour sauvegarder la maison de la moindre étincelle, partis, le vieil homme et le chat roux, après un dernier remontant, se couchèrent et côte à côte s'endormirent très vite. Mais un peu plus tard le monstre était toujours présent sous forme de cauchemars et de mauvais rêves. La nuit fut agitée et c'est seulement sur le petit matin que le vieil homme se rendormit d'un profond sommeil plus calme.

A son réveil, le soleil étant déjà haut le vieil homme pensa aux dégâts causés la veille au soir et à l'énorme travail qui l'attendait. Entre la peinture des façades, les allées du jardin, la pelouse complètement piétinée, sans fleurs ni légumes, il en aurait pour des semaines à tout remettre en ordre. Avec un soupir il tâta son lit autour de lui et surprise...le chat roux n'y était plus. Où était-il passé?  Dehors ? Il va rentrer dans un état ! Le vieil homme se leva, enfila sa robe de chambre et s'approcha de la fenêtre en s'attendant au pire,  son jardin avait dû être  transformé en champ de bataille.

Mais en écartant les rideaux il ne le reconnut pas tout de suite. En regardant de plus près il remarqua que la pelouse avait déjà repoussé, les fleurs s'ouvraient au soleil, la barrière noircie par les flammes était à nouveau d'un joli vert clair et comme neuve, les murs de la maison ne portaient aucune trace noire de fumée...Tout lui sembla parfaitement en ordre et... plus beau qu'avant! Mais comment était-ce possible ? Encore un rêve! Agréable celui-ci!

En regardant à nouveau il vit enfin son chat roux assis sur une pierre décorative assez haute gesticulant avec ses pattes avant, battant  le cailloux avec sa queue et miaulant à tout va! On dirait qu'il donne des ordres à des ouvriers invisibles, se dit le vieil homme, et il vit effectivement bouger un pot de fleurs par ici, une touffe de fleurs se faire planter là-bas sans aucune intervention visible de mains humaines.

Rapidement habillé le vieil homme sortit dans le jardin rejoindre son chat roux. "Mais qu'est ce qu'il se passe ici? Comment est-ce possible?" demanda-t-il au chat. Celui-ci lui sauta immédiatement dans les bras et tout en ronronnant tout près de son oreille, le vieil homme sembla comprendre ce que lui disait son chat roux : " Tu as été bon pour moi, mais pas seulement, pour les fourmis aussi! Elles ne pouvaient plus vivre avec les très nombreux monstres visqueux qui envahissaient leurs maisons, les fourmilières, sous terre. Des tribus entières ont péri collées à eux puis léchées jusqu'à la dernière d'entre elles. C'était l'enfer pour les fourmis, ces petites bêtes courageuses et tous leurs copains qui vivent sous terre hors de portée de notre vue. Alors aujourd'hui elles sont contentes. Une fourmi est venue me trouver sous la couette cette nuit pour me raconter ce qu'elles avaient commencé à faire dehors dès que tout fut éteint et la terre encore trempée. Mais elles ne savaient plus les emplacements exacts des choses. La reine des fourmis a envoyé une messagère au pays des lutins pour leur demander leur aide. Et voilà ce que ça donne !!! Miaou."

Le vieil homme, pourtant un dur à cuire, avait les larmes aux yeux en serrant fort son chat roux contre sa poitrine. Celui-ci, gentiment, lécha ces gouttes, irisées par le soleil, sur les joues râpeuses du vieil homme. Ils regagnèrent tous deux  leur maison non sans avoir remercié chaleureusement cette foule active, invisible pour le vieil homme, mais distinguée parfaitement par les fentes noires de ses pupilles entourées des iris d'or du chat roux.

 

 

LES MAUVAISES RENCONTRES

SONT LES ALEAS DE LA VIE.

A SURMONTER SANS PEUR NI CRIS

EN VENANT A LEUR ENCONTRE.

 

 

 

 

Le Colvert, Baudienville, février 2018.

 

 

 

 

 

LES CONTES DU COLVERT

par Stéphane BERTRAND

NOUVELLE SERIE

 

 

N°23 NS

 

LE VIEIL HOMME ET LE CHAT ROUX.

 

Ce jour là, l'attention du vieil homme, lors de sa promenade quotidienne en lisière de forêt, fut attirée par un miaulement fatigué, une sorte de plainte. Cela sonnait comme un appel au secours. Avec précaution, il s'approcha de l'endroit d'où semblaient émaner ces bruits et, avec sa canne, écarta délicatement les broussailles, pour mieux se rendre compte de la situation. Un joli chat roux aux yeux orange s'agrippait avec ses pattes avant sur le sol, pendant que l'arrière train de l'animal semblait s'enfoncer en terre, comme tiré en arrière par une force invisible. Le vieil homme se baissa tout en gardant sa canne à portée de  main. Il saisit le chat en dessous de ses pattes et, joignant ses efforts à ceux de l'animal, se mit à le tirer vers lui  pour le libérer et le ramener tout entier sur  terre. Malgré la force que le vieil homme déployait, l'affaire ne semblait pas  gagnée. Avec une de ses mains il creusa la terre autour de la partie du corps du chat déjà enfouie et sentit immédiatement une force inconnue entourer sa main et l'attirer vers le sol et probablement encore plus bas. Là, c'est trop, se dit le vieil homme qui, au cours de sa vie et de ses voyages autour du monde, en avait vu d'autres!

Avec sa canne il donna des coups violents sur le sol autour du chat  pour faire lâcher prise à ce qui semblait être une force inconnue, encore cachée,  surgie des entrailles de la terre. Une vipère ondulait en fuyant. Il fallut aux deux, le vieil homme et le chat roux, beaucoup de force et de constance pour enfin sentir une sorte de relâchement dans les efforts  d'enfouir le chat roux sous terre. Puis le vieil homme réussit à saisir le chat à pleines mains et le délivrer de cette attraction étrange dont l'origine n'était pas encore élucidée.  Le vieil homme mit le chat roux en sécurité sur ses épaules et avec sa canne continua de frapper furieusement la terre à l'endroit d'où il avait réussi à sortir l'animal du sol. Alors la terre se mit à frissonner puis à trembler comme une soupe épaisse qui bout sur un feu trop fort, telles les bulles d'un magma volcanique. Une véritable éruption se produisit, faisant voler cailloux et mottes de terre. Il fallu battre en retraite! Là un gros arbre! Le vieil homme et le chat roux se cachèrent derrière son tronc,  tout en surveillant cet événement curieux et inhabituel. Et tout à coup, une créature aux yeux de feu, noire, gluante et hideuse apparut et en ricanant leur dit d'une voix caverneuse qu'elle se vengerait bientôt d'avoir été privée de son repas. Elle se secoua déversant autour d'elle de grosses gouttes noires comme l'encre d'une seiche, gluantes comme un sirop trop visqueux.  Puis elle disparut sous terre, refermant soigneusement le cratère produit plus tôt  et supprimant toute trace de sa venue à la surface du sol.

Le vieil homme fit descendre le chat roux de ses épaules, le prit dans ses bras pour le caresser et lui parler doucement, le rassurer d'une voix douce. "L'incident est clos"  dit-il au chat, et maintenant  à la maison pour un remontant bien mérité et une coupelle de lait tiède pour son nouveau compagnon.

En regardant de plus près, le vieil homme s'aperçut, que le chat qu'il avait tiré des griffes du monstre, était magnifique. Une vue d'ensemble de l'animal donnait l'impression  d'une boule sépia avec des arabesques plus claires qui dessinaient le contour de ses pattes et une queue striée horizontalement, tantôt claire, tantôt plus sombre, depuis sa base et jusqu'au bout.  Ses yeux, au regard intense, étaient d'or, pareils à deux gouttes de ce précieux métal en fusion.

Le joli chat roux commença à ronronner et se frotter aux mains du vieil homme. Remerciements ? Contentement d'être à nouveau sain et sauf ? Evacuation de sa peur et de son stress ? Ne cherchons plus, il devait, tout simplement, être heureux et profiter de la situation actuelle. Le panier, mis là par son nouveau maître, près de la cheminée, était confortable et douillet et il ne fallut qu'une nuit pour qu'il ait le droit de dormir, allongé de tout son long, contre le vieil homme, sous la couette! Adieu rhumatismes et vieilles douleurs!

Plusieurs mois se passèrent ainsi d'une vie tranquille, ponctuée d'une bonne nourriture et d'une bonne dose de caresses tous les jours. Le chat roux et le vieil homme vivaient heureux ensemble et avaient presque oublié l'origine de leur rencontre, transformée depuis, en une vie commune faite d'amour et de respect de l'autre.

Un jour pourtant et sans prévenir, la bête hideuse se rappela à leurs bons souvenirs. A l'heure où le soleil couchant envoyait à ras de terre, à travers les haies, ses derniers rayons, avant de laisser sa place à un monde incertain, sombre et inquiétant, elle se manifesta. En écartant légèrement le voilage de la fenêtre de la cuisine, le vieil homme remarqua un remue ménage pas commun, juste sous la surface de la terre. Celle-ci se soulevait par endroits ne respectant rien, ni parterres fleuris, ni pelouse et encore moins le potager où les racines blanches des divers légumes semblaient demander à retourner à leur position initiale. Une taupe, pensa instinctivement le vieil homme mais à plusieurs endroits à la fois, ce n'est plus une taupe mais un régiment entier! Puis il remarqua que tout ce chamboulement formait un véritable cercle autour de la maison. Le faible éclairage du jour déclinant, lui permit  cependant  d'entrevoir, par ci par là, des formes ondulantes et noires avec des yeux rouges qui perçaient la nuit en approche. Ca y est, se dit le vieil homme, l'heure de la vengeance du monstre, qui voulait manger mon chat roux, a sonné. Il en reçut confirmation en voyant ce dernier tremblant et miaulant, chercher où se cacher.

Avec son courage habituel et sa détermination, encore intacte malgré les années encaissées, le vieil homme se rendit très vite dans son garage pour prendre un gros bidon d'essence normalement destinée à la tondeuse. Très rapidement il sortit versant l'essence sur les monticules de terre formés par le ou les monstres qu'il avait bien reconnus. Deux ou trois bidons d'huile de vidange complétèrent la ligne de défense et hop, il y mit le feu. Enfin il regagna sa maison en courant et appela les pompiers.

Les flammes dessinaient des arabesques d'enfer tout autour de la maison avec l'envie évidente de lécher le ciel. On percevait nettement des cris et des plaintes venant du brasier. Les monstres tentèrent de s'échapper mais le feu faisait bombance d'eux. Bientôt une grande chaleur entourait la maison et une odeur de pétrole brûlé se répandit alentour. Le vieil homme avait pris son minet rouquin dans les bras mais avait du mal à le calmer tant sa peur était grande et profonde. Justifiée, pensa l'homme.

Le camion des soldats du feu arriva sur ces entrefaits  et avec leurs lances puissantes, les pompiers mirent fin au spectacle nocturne qui n'avait rien d'un joyeux feu d'artifice. De la terre ils retirèrent des galettes noires comme celles que l'on trouve sur les plages après le naufrage d'un pétrolier. La marée noire, de nuit, dans mon jardin, se dit le vieil homme en espérant que ces amalgames sombres et gluants soient les restes des monstres, réduits en combustible et voués à l'enfer pour alimenter ses feux permanents.

Une fois les pompiers, qui avaient tout fait pour sauvegarder la maison de la moindre étincelle, partis, le vieil homme et le chat roux, après un dernier remontant, se couchèrent et côte à côte s'endormirent très vite. Mais un peu plus tard le monstre était toujours présent sous forme de cauchemars et de mauvais rêves. La nuit fut agitée et c'est seulement sur le petit matin que le vieil homme se rendormit d'un profond sommeil plus calme.

A son réveil, le soleil étant déjà haut le vieil homme pensa aux dégâts causés la veille au soir et à l'énorme travail qui l'attendait. Entre la peinture des façades, les allées du jardin, la pelouse complètement piétinée, sans fleurs ni légumes, il en aurait pour des semaines à tout remettre en ordre. Avec un soupir il tâta son lit autour de lui et surprise...le chat roux n'y était plus. Où était-il passé?  Dehors ? Il va rentrer dans un état ! Le vieil homme se leva, enfila sa robe de chambre et s'approcha de la fenêtre en s'attendant au pire,  son jardin avait dû être  transformé en champ de bataille.

Mais en écartant les rideaux il ne le reconnut pas tout de suite. En regardant de plus près il remarqua que la pelouse avait déjà repoussé, les fleurs s'ouvraient au soleil, la barrière noircie par les flammes était à nouveau d'un joli vert clair et comme neuve, les murs de la maison ne portaient aucune trace noire de fumée...Tout lui sembla parfaitement en ordre et... plus beau qu'avant! Mais comment était-ce possible ? Encore un rêve! Agréable celui-ci!

En regardant à nouveau il vit enfin son chat roux assis sur une pierre décorative assez haute gesticulant avec ses pattes avant, battant  le cailloux avec sa queue et miaulant à tout va! On dirait qu'il donne des ordres à des ouvriers invisibles, se dit le vieil homme, et il vit effectivement bouger un pot de fleurs par ici, une touffe de fleurs se faire planter là-bas sans aucune intervention visible de mains humaines.

Rapidement habillé le vieil homme sortit dans le jardin rejoindre son chat roux. "Mais qu'est ce qu'il se passe ici? Comment est-ce possible?" demanda-t-il au chat. Celui-ci lui sauta immédiatement dans les bras et tout en ronronnant tout près de son oreille, le vieil homme sembla comprendre ce que lui disait son chat roux : " Tu as été bon pour moi, mais pas seulement, pour les fourmis aussi! Elles ne pouvaient plus vivre avec les très nombreux monstres visqueux qui envahissaient leurs maisons, les fourmilières, sous terre. Des tribus entières ont péri collées à eux puis léchées jusqu'à la dernière d'entre elles. C'était l'enfer pour les fourmis, ces petites bêtes courageuses et tous leurs copains qui vivent sous terre hors de portée de notre vue. Alors aujourd'hui elles sont contentes. Une fourmi est venue me trouver sous la couette cette nuit pour me raconter ce qu'elles avaient commencé à faire dehors dès que tout fut éteint et la terre encore trempée. Mais elles ne savaient plus les emplacements exacts des choses. La reine des fourmis a envoyé une messagère au pays des lutins pour leur demander leur aide. Et voilà ce que ça donne !!! Miaou."

Le vieil homme, pourtant un dur à cuire, avait les larmes aux yeux en serrant fort son chat roux contre sa poitrine. Celui-ci, gentiment, lécha ces gouttes, irisées par le soleil, sur les joues râpeuses du vieil homme. Ils regagnèrent tous deux  leur maison non sans avoir remercié chaleureusement cette foule active, invisible pour le vieil homme, mais distinguée parfaitement par les fentes noires de ses pupilles entourées des iris d'or du chat roux.

 

 

LES MAUVAISES RENCONTRES

SONT LES ALEAS DE LA VIE.

A SURMONTER SANS PEUR NI CRIS

EN VENANT A LEUR ENCONTRE.

 

 

 

 

Le Colvert, Baudienville, février 2018.